1061, TEMPLE DE MIANCHI [SU DONG-PO]

su-donpo-150x146La vie humaine, jusqu’où va-t-elle ? à quoi ressemble-t-elle ?
Elle doit sembler un cygne qui vole, se pose sur la neige ou la fange
Sur la fange, il arrive qu’il laisse vestiges de ses griffes
Le cygne s’envole, savoir où ? est ? ou ouest ?
Le vieux moine est déjà mort, devenu neuve pagode
Le mur s’effondre, plus moyen de voir les anciennes inscriptions
La journée de voyage : des hauts et des bas, t’en souviens-tu ?
La route est longue, les gens las, les ânes trébuchent et braient

Su Dong-po (1037-1101), traduit par Maurice Coyaud.
Anthologie bilingue de la poésie classique chinoise, Les Belles Lettres, Paris, 1999.

Publié initialement dans les pages ‘Lectures en partage / Plurielles’ du site sous le clavier, la page, en décembre 2003.

9 réflexions au sujet de “1061, TEMPLE DE MIANCHI [SU DONG-PO]

  1. C’est la philosophie de fond en effet ! Mais pour les vieux Chinois, l’espace et le temps avaient une direction (même plusieurs : 6). Le Su Dong-po de l’illustration, dans une culture où l’on lit l’espace de droite à gauche — et non pas de gauche à droite comme chez nous — ne regarde pas vers l’avenir mais vers le passé. A contrario, le petit cavalier — le grand poète japonais Baschô — de la page d’accueil de CAMINANTE va vers la gauche, vers l’avenir ; c’est pourquoi j’ai dû caler l’image à droite pour lui donner de la perspective. Même symboliquement les codes de représentation ne sont les mêmes dans les différentes cultures.

  2. Je ne sais pas grand chose de la philosophie chinoise, et je me pose déjà tant de questions avec la notre ! Je suis mauvais ambidextre, et l’ambivalence n’est pas mon fort.
    Je pense que cela ne sera pas facile.

  3. On ne pourra jamais dérouler un rouleau de peinture chinoise — de parfois plusieurs mètres — que de la droite vers la gauche. Mais chez nous, depuis les Romains, la gauche a un sens négatif : sinistre. Du latin ‘sinistra’ : ‘gauche’. Le Chinois, au contraire, va ouvrir de la main gauche, celle du repos, de l’apaisement, de la quiétude, de l’éternité. Ici, dans le poème, le cygne est le symbole de cette éternité. D’où la question : est ou ouest. Nous, nous préférons la main droite, celle de l’action…, nous aimerions développer le rouleau de gauche vers la droite. La tapisserie de Bayeux, longue bande de 10 mètres, se lit de gauche à droite.

  4. Cela a des répercussions politiques. Dans notre Parlement, on a placé la Gauche ‘sinistre’ à gauche, la Droite, droite, à droite… et le Centre, l’équilibre, au centre. En Chine, l’empereur était adossé au sud (yang) et regardait vers le nord (yin). Par là même, il assujettisait le monde. L’énergie, son pouvoir, venait de l’Est, du levant, à sa droite. Les sujets, lui faisant face, étaient éblouis par le soleil, sa lumière, et devaient se soumettre car à leur droite, à l’Ouest, était le couchant où tout s’épuise.

  5. Pour en terminer (provisoirement, je te connais), tu évoques l’ambidextérité : je pense qu’on s’est longtemps obstiné à contrarier les gauchers justement parce qu’ils étaient ‘gauchers’ et que cela avait un sens négatif, dépréciatif. C’est à la main droite, dressée, du Seigneur que siégeront les justes ! Ainsi Charlemagne dans les représentations.

  6. Tu as raison, fin provisoire en effet. Je te remercie pour ces explications qui m’ont été fort utiles. Mon horizon “Est” est plus clair, quant à l’ “Ouest”, c’est moins bon aussi pour le marin, souvent, “le coup de tabac”. Je vais me sortir de cette tempête avec une pirouette,”vent debout”.

    Heureusement que la Chine est dans l’hémisphère “Nord”. Dans le cas contraire, l’empereur aurait été aveuglé par le soleil… plein “Nord” !!

    Foi d’un vieux marin ayant navigué sur le canal Beagle. 😕

  7. La grâce infinie du cygne et la maladresse trébuchante des ânes…Leur braiement si touchant! Et ces images de ce qui est “entre” dans la pensée chinoise…Le voyage entre hauts et bas…et la mort-pagode où se poursuit la navigation. Ce poème est pour moi tout plein de glissements, de suggestions, de passages

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