A SOPHISTICATED LADY

 

Il est de ces ‘formules’ qu’enveloppe une parfum de sophistication particulièrement raffinée. Toute une imagerie les accompagne ; plus exactement les suggère. Défilent des images d’un Paris de Champs Élysées et de dames élégantes posant devant une boutique de mode ou le siège d’une compagnie aérienne surannées, un Londres de Regent Street sur arrière-fond de Rolls Royce et de Bentley, un Nice ou un Cannes de grands hôtels fréquentés par une gentry huppée, ou encore une Venise ou Toarmina de loisirs chers, fleuris et ensoleillés…, telles plages de Floride ou du Brésil… En définitive, tout un bric-à-brac d’images à la fois complaisantes, lénifiantes et démodées, aisément associées aux vieux magazines traînant dans les salles d’attente de dentistes et de médecins de l’enfance.

A Sophisticated Lady…

Plus intéressant, ces expressions nébuleuses, ambiguës, à la saveur d’irréductible mystère qu’a mis en vogue une littérature au symbolisme (voire ésotérisme) plus ou moins sincère et quelque peu frelaté. Quelque chose entre la littérature qui se veut ‘classieuse’ (je ne sais pourquoi, je pense à Paul Bourget, ou encore à une romancière, de préférence anglaise ou américaine, qui aurait été ‘à la mode’, Miss Sarah S. O’Hara… et, bien sûr, au ‘Mort à Venise’ de Thomas Mann, si bien rendu au cinéma par Visconti, spécialiste du genre ; mon assez médiocre ‘J’imaginerai Venise’ / ‘rien de spécial’ relèvant de la même veine) et la sub-littérature des ghettos culturels plus ou moins ‘branchés’ et/ou alternatifs, ‘décalés’, comme on dit présentement.

Pourtant, le charme en est certain, puissant, efficace, comme certaines médecines qui vous soignent de vous-même à défaut de vous guérir de quelque chose. Ici, les petits apothicaires ont su puiser dans les ressources de la haute pharmocologie. Et si le remède n’est pas sûr, la potion distille cependant quelques effets magiques. Quant à une possible alchimie !

Lux obnubilata suapte natura refulgens, de Francesco Maria Santinelli, 1666.
S(ine)Nob(litate), mis en vogue par Oscar Wilde et ses amis, à la fin du 19e siècle.
• Le ‘Vaniens’ de Pline l’Ancien : ‘… les Alutriens, les Assériates, les Flamoniens Vaniens, et d’autres surnommés Culiques…’, repris maintenant par la nouvelle littérature d’anticipation médiévale.

 

J’y ajouterai, car vous aurez compris qu’il s’agit bien là d’un extrait de petit imaginaire littéraire de campagne bricolé à usage tout personnel, ces noms, comme seule l’aristocratie était capable d’en inventer, et dont je donnerai un seul exemple, qui m’est cher, pour sa sonorité et sa cadence :

• Antoine Chrysostome Quatremère de Quincy.

Je vous laisse juge du sérieux de tout cela, de la résonance et de l’usage qu’on peut en avoir. Mais à y réfléchir quelque peu, peut-être trouvera-t-on là l’amorce d’un plaisant et élégant glossaire qui est tout à compléter. Provocation que tout cela ?

N.B. : La publicité associée au titre et à l’illustration est donnée au seul titre de l’exemple.

5 réflexions au sujet de “A SOPHISTICATED LADY”

  1. Ah! le charme des vieux journaux !…

    Et celui suranné d’un livre de Paul Morand “A Venise”, la petite société française de ma jeunesse était devenue un cénacle littéraire… Tous se ralliaient au fameux cri de guerre de leur maître H.de Régnier, poursuivant un rêve walporesque,byronien,beckfordien…

    L’évocation est charmeuse, cher V.

    Hécate

  2. Comme nous avons quelques affinités, littéraires,picturales et poétiques,voulez-vous bien que je vous offre ces quelques vers, extrait de mon recueil “L’écrin des jours”…

    Troublante clarté
    Où se meurt le silence.
    Nuée à peine teintée de rose
    Prévoyance d’une aube sanglante.
    Accouchement torturé de la nuit aveugle.

    Trouée de bleu. Hurlement.

    Jour, effacement de l’or charnel et alchimique
    Attouchements fous de la noirceur absolue.

    Visage à travers la fenêtre
    Qui épie le lit bouleversé d’enlacements,
    Corps qui refont la nuit en se touchant.

    Les fenêtres se brisent
    Les vitres sont pleines de sanglots,
    La mort tient debout dans ses bras
    Ceux qu’elle aime
    Ceux qu’elle met au monde.

    Rien ne finit jamais. Tout est déjà commencé.

    3/6 mars 1998.

    Hécate

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