ANTI…PILI-PILI…TAIREMENT [RENÉ DE OBALDIA]

delacroix-liberte-rueLE MATRIOTE

Qu’ils partent à la guerre ! Qu’ils partent vers l’horreur ! Qu’ils se tuent pour leurs pères ! Quels pères ? Le seul qui est au ciel ne leur suffit point ?

Ô hommes débiles, incapables d’assumer la guerre en vous-mêmes ; et elle en déborde ! Hommes faibles ; et la faiblesse enfante la violence. Hommes lâches ; et la lâcheté enfante la cruauté. Hommes faux ; et le mensonge enfante la mort. Hommes de rien, pour n’avoir jamais été hommes de tout. Partez, partez ! Fuyez-vous ! Moi, je reste. Je demeure auprès des femmes.

Salut ! femmes, mes ténèbres bien aimées. Vous êtes ma terre et je ne vous déserterai pas.

Ah ! dites ; que peut un homme casqué, un homme tout armé devant vos seins nus ? Sinon prendre conscience de son grotesque. Sinon abandonner ses armes et sa superbe. Sinon abandonner le vide de son uniforme. Et, d’abandon en abandon atteindre le suprême ; là où la guerre est génératrice de vie.

Les ruines s’accumulent. Le néant appellent le néant. L’atrocité fait loi. Les hommes flambent dans leur pestilence. La Matrie est en danger.

Et me voici, solaire ! Présent ! Ma poitrine se dilate au rythme des marées. Je bondis d’étoile en étoile. Mes cuisses sont aussi fermes que mon intelligence… Que les cadavrent m’assassinent ! Je me battrai pour la substance. Matrie ! Ô Matrie !

René de Obaldia, Les richesses naturels, Récits-éclairs, Éditions Bernard Grasset, 1970.

À ma grand-mère, quoi qu’elle eût pu en penser.

 

P.S. : Puisqu’un lecteur y fait allusion, nous ne nous priverons pas du ‘plaisir’ (étrange terme en la circonstance !) de l’écouter cette Chanson de Craonne, maintenant vieille d’un siècle. Ici, non dans l’interprétation bien connue et ‘historique’ de Marc Ogeret, mais dans celle, très intimiste, de l’ami Serge Utgé-Royo. À L.M.

Chanson de Craonne Serge Utgé-Royo

4 réflexions au sujet de “ANTI…PILI-PILI…TAIREMENT [RENÉ DE OBALDIA]”

  1. Allons enfants de la Matrie… le jour de la liberté est arrivé.

    Delacroix, ici, il y en a des milliers et des milliers. Je suis près du Chemin des Dames, quel joli nom, pour un si sinistre souvenir, où, quotidiennement, je respire cette terre gorgée du sang de nos trop jeunes soldats et qui nourrit de sa substance cette plante sucrée, ce sucre qui devrait adoucir toute notre inhumanité.

    Puissent les Mères sauver nos enfants. Vive la Mère Matrie.

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