AU COMMENCEMENT [VARIATION SUR ‘ELOHIM’]

 

 

Elohim [ce nom désigne Dieu dans les premiers Livres de l’Ancien Testament, antérieurement à Jehovah ou Adonaï, et sa terminaison est celle, en hébreu, du ‘pluriel de majesté’], nous dit Harry Halbrecht, présentant l’œuvre homonyme de Giacinto Scelsi, ‘pièce la plus mystérieuse de la série [des œuvres pour ensemble à cordes], et très certainement la dernière [par sa concision et son dépouillement elle appartient probablement aux œuvres de la fin]. ‘Elle parût à titre posthume, Scelsi n’ayant pas désiré la livrer à la publicité de son vivant.’

‘Avec ses 68 mesures seulement et ses quelques quatre minutes de durée, elle exige dix exécutants (quatre violons, trois altos et trois violoncelles), divisés en trois groupes : un quatuor à cordes ‘classique’ au milieu et sur le devant de la scène, deux altos et deux violoncelles amplifiés au milieu et au fond, flanqués de chaque côté d’un violon.’

Elohim | Meschonnic | Scelci

Il m’a semblé intéressant, à mon tour, de flanquer cette pièce ‘tendue’, plongeant dans le ‘Au commencement’ de La Genèse et s’évanouissant littéralement dans le ciel à sa fin, d’une autre expression, elle aussi concise et dépouillée, celle de Henri Meschonnic, traducteur de la Bible, lisant, d’abord en hébreu puis en français, ce même ‘Au commencement’ [La Genèse, I,1 et I,7].

Manière de ‘jouer’ avec les formes épiques et rituels de la musicalité abrupte et essentielle cette poésie première.

Assemblage, variation sur un thème, Elohim, où se concentre toute la puissance de la C/création. Je vous en laisse juge.

On appréciera ici la qualité de l’interprétation musicale de l’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie, dirigé par Jean-Paul Dessy, et la voix si prenante de Henri Meschonnic, enregistrée pour le CD qui accompagne son très bel ouvrage, ‘Les Noms – Traduction de l’Exode’, publié par Desclée de Brouwer, qui est coutumier, pour notre plus grand plaisir, de ce redoublement du texte par le son ou la musique. Voir à cet égard les billets, pareillement illustrés phonographiquement, consacrés à la pianiste Blandine Verlet et au haute-contre Jean-Loup Charvet, que j’ai déjà donnés par ailleurs.

Plaisir aussi de la très belle illustration de l’ouvrage due à Pierre Soulages.

Henri Meschonnic, Les Noms – Traduction de l’Exode,
Desclée de Brouwer, 2003.
Giacinto Scelsi, Intégrale de la musique de chambre pour orchestre à cordes (Elohim),
Orchestre Royal de Chambre de Wallonie, dir. Jean-Paul Dessy, Forlane, 2000.
Pierre Soulages, gouache vinylique sur papier, 1977 (103×73 cm),
 Centre Georges Pompidou.
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6 réflexions au sujet de “AU COMMENCEMENT [VARIATION SUR ‘ELOHIM’]”

  1. Je ne lirai pas l’article avant d’avoir vu.

    Je ne veux pas mettre d’écran entre l’œuvre et mon ressenti.

    Je vous dirai ensuite (j’y vais à la mi-novembre).

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  2. Je suis une sorte d’inconditionnel de Soulages; j’aime son ‘jansénisme’ ! Lisez à l’occasion le bel article que Georges Duby lui a consacré (repris dans ‘L’art et la société’, Gallimard, Quarto).

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  3. Je m’apprête aussi à aller voir Soulages… avec quelque réserve. J’aime beaucoup ce que dit Malevitch :le noir c’est l’absence de l’objet.
    Je crains qu’avec Soulages, il en représente parfois la surcharge…, une présence un peu trop “massive” à mon goût.

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  4. Certes. Mais, pour moi, il n’est d’intelligence que ‘sensible’. Le reste est vain savoir.

    Soulages. À mon programme, très bientôt j’espère. Heureusement, par ailleurs, une belle pièce (de jeunesse) dans le cabinet de travail d’une amie.

    Impatient aussi de voir ‘La subversion des images’. J’aime ce travail des surréalistes.

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  5. Quelle délicieuse étrangeté que vos associations !
    Et malgré les explications érudites et brillantes que vous donnez à chaque fois, tellement érudites et brillantes que je les soupçonne de « m’interdire » d’en rajouter avec mes modestes commentaires qui n’apportent, la plus part du temps, aucun éclairage supplémentaire à votre propos, donc, malgré ces explications, je ne peux m’empêcher de penser qu’il y a là, glissé dans les interstices de ce savoir rassurant, le phénomène incontrôlable de l’émotion, la votre qui se passerait et se passe de tout discours.
    Car il faut oser être du côté de cette émotion pour poser le formalisme de Soulages à côté de ces mots, de ces sons, de cette tension mystique et envoûtante.
    Il est drôle que nous ayons fait, le même jour allusion à Soulages dans nos articles, mais pas tout à fait avec la même problématique ; Soulages est évidemment dans l’actualité des expos du moment…
    J’ai gravi, mercredi, les six étages tubulaires du Centre pour me confirmer que mon émotion n’était décidément pas au rendez-vous de l’œuvre de Soulages dont j’espérais pourtant l’accumulation rétrospective impressionnante et « transsubtantationnelle » . Mais l’œuvre noire ne m’a pas montré son « Œuvre au noir »..
    Par contre au sixième étage, m’attendait une expo que j’avais négligée, « La subversion des images » : un enchantement !

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