BLESSURE VUE DE LOIN [PHILIPPE JACCOTTET]

Ce livre que l’on reprend comme pour s’en faire pardonner.

Ah ! le monde est trop beau pour ce sang mal enveloppé
qui toujours cherche en l’homme le moment de s’échapper !

Celui qui souffre, son regard le brûle et il dit non,
il n’est plus amoureux des mouvements de la lumière,
il se colle contre la terre, il ne sait plus son nom,
sa bouche qui dit non s’enfonce horriblement en terre.

En moi sont rassemblés les chemins de la transparence,
nous rappellerons longtemps nos entretiens cachés,
mais il arrive aussi que soit suspecte la balance
et quand je penche, j’entrevois le sol de sang taché.

Il est trop d’or, il est trop d’air dans ce brillant guêpier
pour celui qui s’y penche habillé de mauvais papier.

 

Philippe Jaccottet, L’ignorant, Gallimard, Paris, 1958.

 

Cette lecture répondait à une ‘blessure’ récente… mais ne savait pas encore qu’elle en anticipait une autre. [20/03/2015]

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