C’EST LA JUSTICE QUI DONNE SA CERTITUDE À L’ORDRE [ALBERT CAMUS]

camus-339x288… il n’y a pas d’ordre sans équilibre et sans accord. Pour l’ordre social, ce sera un équilibre entre le gouvernement et les gouvernés. Et cet accord doit se faire au nom d’un principe supérieur. Ce principe, pour nous, est la justice. Il n’y a pas d’ordre sans justice et l’ordre idéal des peuples réside dans leur bonheur.

Le résultat, c’est qu’on ne peut invoquer la nécessité de l’ordre pour imposer ses volontés. Car on prend ainsi le problème à l’envers. Il ne faut pas seulement exiger l’ordre pour bien gouverner, il faut bien gouverner pour réaliser le seul ordre qui ait du sens. Ce n’est pas l’ordre qui renforce la justice, c’est la justice qui donne sa certitude à l’ordre.

Albert Camus, extrait d’un article de “Combat” du 12 octobre 1944.

6 thoughts on “C’EST LA JUSTICE QUI DONNE SA CERTITUDE À L’ORDRE [ALBERT CAMUS]

  1. Il s’agit ici, il me semble, du principe de justice, de la justice comme principe, et non de ce qu’on nomme couramment la loi. Le principe d’équité est sensé être inhérent à la justice, à défaut de quoi celle-ci n’existe pas. Il faudrait peut-être parler de justice avec un grand ‘J’, qui est donc et principe et idéal. C’est toute la complexité (et l’intérêt) de Camus qui mêle les exigences du combat quotidien, donc contingent, de l’homme — en tant que journaliste — à l’exigence morale de la réflexion politique — en tant que philosophe. De part et d’autre, on n’aura pas manqué de lui reprocher. Disons en bref qu’il se situe sur le plan d’une éthique de l’homme et de la société. Ce n’est pas par hasard que ces lignes, comme d’autres à paraître ou paraissant ici et là, … ré-apparaissent en ces jours…

  2. Bien sûr, le peuple se révolte quand il y a trop d’injustices ! c’est donc bien la justice qui fait l’ordre, mais surtout la justice sociale, à mon avis.

    Comment tient-on le peuple ? en lui donnant juste ce qu’il faut pour manger et pour se divertir, “du pain et des jeux” disaient les romains.

    Quant à la Justice avec un ce grand J, elle est souvent à deux vitesses, “selon  que l’on soit riche ou pauvre”. Là aussi, tout a été dit depuis longtemps et rien ne change.

    Amicalement.

     

  3. La justice en tant qu’idéal : la liberté, l’égalité, et pourquoi pas, la fraternité, rien de moins,  l’aboutissement au bonheur des peuples, c’ est un principe philosophique, un principe supérieur dit Camus , le Camus philosophe dit Vincent.

    La justice au sens du droit, la recherche d’ un ordre social nécessaire pour l’apaisement d’une société, le regard du journaliste, le jugement de l’homme, Clara dénonce sa non équité.

    Oui, il y a bien deux justices, la Justice et la justice, mais également deux ordres, l’Ordre et l’ordre.

     

     

     

  4. Juste, Luc ! La misère de l’une (la justice) ne nous empêche pas, au contraire, de viser et de prendre l’autre (la Justice) comme référence et principe ; de même que l’iniquité de l’ordre ne nous interdit pas d’aspirer à l’idéal d’un Ordre (supérieur mais humain).

  5. Je me méfie d’une Justice transcendante. Dans les conflits inhérents aux différentes puissances d’agir, y compris celles du sol ou de l’eau, des animaux en plus de celles des différents peuples, toutes celles qui constituent le monde, la terre c’est de conflits négociés et donc d’arbitrages dont nous aurons, à mes yeux, besoin. C’est d’eux que dépendra la justice et un ordre pouvant faire brèche aux désordres actuels.

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