CIEL DÉCHIRÉ [WAFA BSAïS]


ange-pensif-ines-bsais



 

Une femme écrit, crie, s’écrie ‘au bord du livre’, livre, se livre dans un livre sans (mot) fin. Au seuil de vie, amour et mort, autour de vie et amour des mots. Une femme, ici, à Tunis, où ailleurs. Une femme. Aujourd’hui, encore, toujours. Et dans le (son) roman, le (son) poème. Ainsi. 

Le ciel se déchire,
éclate en mille morceaux.
Les Dieux pleurent leurs ondées
et leur foudre.
Les cieux brûlent en enfer
et l’enfer, au paradis.
Le corps se sépare en deux,
se fragmente,
se brise,
se morcelle,
se fracasse
de rocher en rocher,
de stupeur en douleur,
en horreur ;
la violence hurle à la violence,
le mal au mal ;
personne n’entend leur hurlement,
leur cri,
leur détresse,
leur agonie
et leur mort ;
les ruines s’emparent de la terre
la boue inonde les ruines
le sable emporte le sable
et les larmes noient l’eau ;
larmes en cascades,
en tornades,
rudes et dures,
âpres et amères,
acidité qui crève les yeux,
dilate la pupille,
voile l’iris
et creuse dans les joues des sillons
profonds comme la passion ;
les larmes
qui se frayent un chemin
rocheux,
rocailleux,
retombent sur les lèvres qui
s’humectent,
sursautent,
s’enflamment
et se consument
bêtes enragées qui
courent
affolées,
hurlant de terreur,
de fureur,
les larmes,
flots qui coulent,
découlent,
larmes
jaillies du fond d’une mère en colère,
emportées
par le vent marin
chaud
froid
le mistral
le déluge.
Noé et son embarcadère
paire par aire
coulent
s’enroulent
sur les vagues ;
vagues de l’âme,
vague à l’âme
où l’âme se noie,
s’enterre,
fait naufrage,
s’agrippe,
s’accroche
et meurt
criant
à la mort
à la vie
à l’amour
à la haine
au soleil
à la lune
au blanc
au noir
à la nuit
au jour
à rien,
au néant,
au vide du trou,
à la béance du creux,
à l’abysse des méandres,
escarpés
perdus
éperdus
le corps de ceux qui
se sont livrés à la passion,
les corps qui
se sont caressés,
aimés,
désaimés,
unis,
désunis,
rejetés sur une rive desséchée.

 

Wafa Bsaïs, Sais-tu seulement ce que vivre veux dire ? Éditions Sahar, Tunis, 2008. Ill. L’Ange Pensif’ d’Ines Bsaïs pour la couverture.

Laisser un commentaire

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.