CONTRETEMPS MOZARTIEN

 

W.A. Mozart / Concerto pour piano et orchestre n° 24 en ut mineur / 1/3. (Allegro)* / Clara Haskil, piano / Orchestre des Concerts Lamoureux / Dir. Igor Markévitch / Paris, novembre 1969.

 

Musique de l’intérieur qui vous envahit de son propos néfaste, vous subjugue de ses accents mortels. Belle comme la mort. Et l’on ne sait si la petite flamme qui surgit vient encore témoigner d’un rien d’espoir et appeler à soupirer sur un si peu qui fût et jamais plus ne sera.Le masque en est double et ambigu, à l’image des figures du ‘Don Giovanni’ (Losey). Et comment aussi, en certains accents, la limpidité, un peu troublée certes, vient, douloureusement, jouer dans les plis du foisonnement d’ensemble, lui offrir à la fois illustration et démenti.À ce point précis, il me semble possible de poser l’hypothèse d’un sentiment romantique et d’une poussée (d’une extraction), chez Mozart, vers la modernité. Y entendre aussi une musique d’arrière-plan à ce même ‘Don Giovanni’ ; celle qu’il aurait, lui, le déjà maudit, aimer à écouter, seul, dans son attente dédaigneuse du Commandeur. Une méditation sur la contingence d’être et le destin rencontré et accepté.

Un piano, conscience intime de Wolfgang Amadeus, se jouant encore des multiples éclats de la vie, mais déjà facettes vraies de l’inéluctable destinée. Scène dernière où conversent un soliste qui se veut encore espiègle et un ensemble concertant qui résonne déjà des lourds accents d’au-delà. Et quelle tendresse là quand sous ses pieds le sol se fend ! Ce rien d’espoir…

(d’après une note de journal personnel datée du 22 octobre 2000)

Illustration : détail du portrait inachevé de Mozart par Joseph Lange (1790 ?)

* On trouvera le ‘larghetto’ qui suit ce mouvement à la page ‘plurielles…’ d’octobre 2003, …le divin remède du Docteur Mozart de ‘sous le clavier, la page’.

 

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