COUCHÉ ! CANAILLE, COUCHÉ ! [ROBERT GRAVES]

Couché ! canaille, couché ! N’as-tu pas honte,
au seul murmure du mot Amour
ou au nom de la Beauté, de dresser d’un coup
ta tête coléreuse et te mettre en garde ?

Pauvre capitaine de bombarde, qui as juré
de rejoindre ton bastion et d’ouvrir une brèche :
indifférent à ce que tu prends d’assaut ou pourquoi tu le fais
que ne puisses-tu alors mourir là sur la brèche !

L’Amour sera aveugle, mais l’Amour, au moins
distingue l’homme de la simple bête ;
ou bien la Beauté sera elle aussi rebelle
mais de ses écuyers elle attend de la douceur.

Dis-moi, ô mon sot, que l’on vante,
puisse demeurer la roideur de ta garde
lorsque l’on fit de toi un homme à part
qui pense avec finesse et professe l’art ?

La Beauté s’inclinera-t-elle, avec ses mille dots,
devant ta loi empirique et imparfaite,
ou l’Amour jurera-t-il fidélité à ta couronne ?
Cesse donc et disparais ! — Couché ! canaille, couché !

Robert Graves [1895-1985], Complete Poems, [Traduit de l’anglais].

Illustration : Robert Graves à Majorque.

Laisser un commentaire

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.