D’ARBRES, D’ENFANCE ET D’OCÉAN [SARAH BAILLEUX]

Quand on lit un poème, on habite dedans. Plus que tout au monde, on aime ce moment où le poème continue de vivre en nous comme un rêve qui chemine et se prolonge. Comme un long cheminement vers nos questionnements divers et nos précaires pensées. Et cela sans nul retour.

Quand la poésie nous surprend dans ses singularités et sonorités diverses, elle s’empare de nos étendues imaginaires, pour nous rendre à ce qui nous habite d’essentiel.

Des poèmes de Sarah Bailleux, je retiens une pudeur dans ce qui rend à la source et une volonté déterminée à faire cercle autour de la vie et de faire vie au sein de l’univers.

 Je cite… 

Et l’obscurité de l’océan
Comme seul confident
Et l’embrun
Comme seul témoin
De nos solitudes


ARBRE MÈRE

Je vous écris pour nous raconter
Les racines, les racines, les racines
Je cherche des réponses
Je repars avec mille questions
Alors je creuse les racines
Je suis leurs courbes noueuses
Pour comprendre comment l’arbre tient debout
Comment nos histoires se tiennent bout à bout
Les racines, les racines, les racines
Et tout au bout du bout, la terre mère

 

ARBRES CONTEURS

Tu connais ma passion
Des arbres bavards
Qui content le monde
Et dessinent dans le ciel
L’illusion de mots
Qu’un nuage emporte
Vers d’autres histoires
Que nous ne lirons jamais

 

Arbres-conteurs

ENFANCE

J’ai trop de mots à te dire
Mais déjà tu lâches ma main
Pour exploser d’un rire qui percute tes dents
Et vient faire trembler mes os
Et ce rire à l’éclat d’un pissenlit qui pousse, arrogant
Dans les pelouses trop nettes des gens qui n’attendent plus rien
Tu as cinq ans, tes jambes sont trop petites et le monde est trop grand
Mais tu as la puissance d’un géant qui vient de naître
Avec la grâce d’une libellule au crépuscule
J’ai trois mots à te dire
Ne change rien

 

OCÉAN

Je t’envoie mille histoires
De vent et de tempêtes
Qui perpétuent les secrets
De falaises qui s’affaissent
De roches qui craquent et croquent
Et l’obscurité de l’océan
Comme seul confident
Et l’embrun
Comme seul témoin
De nos solitudes

Photo : … arbres conteurs…, VS.

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4 réflexions au sujet de “D’ARBRES, D’ENFANCE ET D’OCÉAN [SARAH BAILLEUX]”

  1. J’aime beaucoup les deux belles images de ces cinq vers, qui ont aussi retenue l’attention de Tarek. Elles me renvoient bien sûr à Hugo et son ‘Oceano Nox’ : ‘Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune…’ Et, peut-être aussi, de manière apparemment plus lointaine, mais, selon moi, totalement symétrique : montagne/mer, lumière/obscurité, nuée-vent/embrun…, portant ce même sentiment d’intime et pénétrante communion avec l’essentielle Nature, que l’on ressent au regard du célèbre tableau de Caspar David Friedrich. Appréciation toute personnelle, j’en conviens.

    Merci de ces très belles lignes de poésie.

    Répondre
  2. Il est bien évident que si ces poèmes révèlent une grande sensibilité de l’auteure (que je ne connais pas) c’est “Océan” qui me touche le plus, au moment où nos navigatrices et navigateurs du “Vendée Globe” se battent contre les éléments des quarantièmes rugissants…en pleine solitude !

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