D’ANTAN ET SUR UNE MÊME NOTE [BLANCHE BALAIN / LOUIS CALAFERTE]

Quand deux poètes s’accordent, se répondent, se confrontent, aux détours du temps et au hasard (objectif) d’une image… pour notre simple et bon plaisir de lecteurs. 

 

balain
Mémoire

Plus tard, lorsque les mois auront passé, longuement,
en troupeaux de laine, en troupeaux noirs et blancs,
Si violemment poussés vers leurs plaines,
vers le dernier pâturage nourri de moelle et de sang,
Si sauvagement déchaînés sur le versant occidental
où coule et brille l’eau du dernier mirage,
Plus tard, lorsqu’ils auront passé,
avec leur rumeur, leur souffle, leurs noirs poitrails,
Toute terre piétinée, toute chair déchirée,
sous leurs sabots de cruauté,
Si durement pressés, passés, troupeaux aveugles et violents,
Sur notre Espoir
L’Amour défoncé
Labouré
Plus tard, lorsque les mois auront passé longuement,
nous parlerons de leur odeur de laine et des taureaux noirs et blancs.

Blanche Balain, Mémoire, Revue Soleil, Alger, 1950.

 

calaferte
Elles brodent des artichauts et des soleils
Que sais-je ? et mon cœur mécontent les leur lapide
Ô demoiselles aux sous-entendus limpides
Boucles d’organza vieux, châteaux des bleus sommeils
Vos paniers, vos héros, vos rires insipides
En ces villages d’autrefois purs et vermeils
          Quand les lents troupeaux
          Roux et blancs reviennent
Elles inventent des tisons dans leurs regards
Minces ombrelles à rebours folles des jupes
J’avais au moins dix fois mon âge. Elles occupent
Vénielles des feux tardifs, mol étendard
Doux cadavres que flanquent encore leurs huppes
Énigmatiquement, s’il advient par hasard
          Que de lents troupeaux
          Roux et blancs reviennent

 

Louis Calaferte, Silex [extrait 5], 1966, Rag-time, Gallimard, Paris, 1972.

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