… DE BÉCANE À JULES…

De ces paroles blasphématoires, ces beaux jurons libératoires, de ces ‘chierie’, prononcées à forte voix, qui ponctuaient, libéralement, le labeur dans l’atelier familial – le ‘labo’, la ‘cuisine’, c’est selon –, je me souviens, de toute (petite) enfance, de cela, somptueux : ‘Nom de Dieu de chierie de bécane à Jules !’ … Quant à savoir alors ce qu’il en était de la ‘chierie’, de la ‘bécane’, du fameux ‘Jules’… et du ‘N.d.D’ ? … Mais comme disait Zazie… !

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10 réflexions au sujet de “… DE BÉCANE À JULES…”

  1. Oh oui, j’aimerais bien savoir car mes oncles parfois juraient un “Nom de gueux” à la place…
    Cela dépendait de l’urgence ! Si c’était le taureau qui chargeait c’était un nondedieu rapide et énervé, si c’était le tracteur qui avait des ratés, c’était un nondegueux plus laconique. Mais il n’y avait ni bécane, ni Jules. Peut-être un “de bordel de gueux”… C’était dans le Charolais en Saône-et-Loire dans une famille très catho-prout-prout (un peu moins les oncles qui se contentaient de la messe du dimanche dans la jolie petite église romane du village).
    Si ça peut aider !

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    • Oh ! chez moi, des N.d.D. – pour faire court –, il en pleuvait à longueur de jour, sans qu’on y prétât la moindre importance. À mon avis, Dieu n’avait rien à voir là-dedans. Il avait compris depuis longtemps qu’il pouvait s’en foutre benoîtement d’entendre jurer ainsi son Nom si fréquemment. Bien sûr, que ce n’était pas lui qui était en cause si la ‘cuttère’* tombait en panne ou si un bout de doigt s’ensanglantait sous la morsure mauvaise d’un couteau. Il faut bien manifester quelque chose quand le sort vous est injuste et contraire ! Et puis, cela ne se clamait pas sur la place publique, restait dans l’enceinte de cette maison (réputée et honorable) où le patron était seul maître à bord – et à juger de ce qui se disait et faisait, ou non)… après Dieu (mais peut-être Celui-ci avait-il un interdit quant au porc…) !

      *De l’anglais ‘Cutter’, machine servant, dans la profession, à hâcher la viande.

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        • Peut-être suis-je plus proche qu’il n’y paraît d’une certaine ‘Vérité’. Dieu étant au-delà de toute chose et des vicissitudes de ses ‘Créatures’. C’est ce qu’affirment aussi certains Croyants, les Jansénistes, par ex. Et puis, je pourrais ajouter avec Sally Mara, alias Raymond Queneau, ‘Par modestie, Dieu n’existe pas.’

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  2. Bien qu’ayant aussi connu un labo, mais moins gastronomique, je n’ai pas eu droit à ces formules imagées, le paternel avait reçu l’éducation d’une école catholique belge (Frères) qu’il estimait, trop certainement, devoir transmettre !

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    • Tout le monde n’a pas eu ma chance !!! Mon père, puisqu’il s’agit de lui, bien que sans conviction religieuse, ne donnait aucun sens blasphématoire à ces formules, assez ritualisées. Sans doute, manifestaient-elles la marque profonde de notre religion dominante sur l’ensemble de la culture au jour le jour, fût-elle profane, voire païenne. De la même manière, en prémice au repas, à défaut de prière collective, debout, près de la table, de la pointe de son canif, signait-il d’une croix le dessous du pain qu’il allait distribuer. Signe de religiosité peut-être… mais laquelle ? Très certainement, profonde reconnaissance de l’importance de ce pain quotidien, garant et preuve, indéfiniment renouvelés, du fruit d’un labeur commun ainsi bien partagé, tant dans l’effort que dans la jouissance. Il est vrai aussi que nous faisions table commune, sans discrimination, patrons, famille et personnel. Sans doute aussi, manifestation d’une culture et d’une tradition patriarcales dont il fut ici le dernier dépositaire. On m’a assez reproché de n’avoir pas repris le flambeau !

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      • Je crois que signer le pain d’une croix était une pratique courante chez de nombreuses familles, peut-être un respect symbolique du travail pour les uns, un signe religieux pour les autres ?…en ce qui me concerne et en souvenir de mes plus jeunes années, nous avions droit en prime au bénédicité !
        Amen !

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        • Très probablement ! S’il y avait transgression pouvant être considérée comme blasphématoire, c’était une vieille tradition, remontant au moins au Moyen Âge – elle existait déjà d’autre manière chez les Romains : le Vendredi Saint, on cessait le travail et fermait la charcuterie à midi. Alors, mon père se réunissait avec ses ‘confrères’ – comme on disait – bouchers et charcutiers et allait festoyer jusqu’au soir, de viandes rouges et grasses et de vins capiteux, au restaurant voisin réservé à cet effet. Cette forme de transgression, dont chaque corporation connaissait une déclinaison, était peut-être une forme de ‘soupape de sûreté’, puisque même certains ecclésiastiques pouvait, à la veille de Pâques, mener grand tapage dans les lieux de culte, moquer la divinité et boire dans les vases sacrés. On connaît notamment à cet égard le fameux ‘Carmina burana’ qui en témoigne. La ‘Fête des fous’ était aussi un autre aspect de cette transgression rituelle. En effet, les interdits existent aussi pour être transgressés ! Les princes avaient bien leurs bouffons ! L’Islam lui-même connaît la chose avec le soufisme et certaines confréries de derviches et, par ex., un personnage emblématique, Nasr Eddin Hodja, originaire de Turquie – le nom se décline de diverses manières dans le monde musulman –, un ‘fou’, parfois d’une sagesse paradoxale, parfois totalement ‘nonsensique’, qui peut, à travers la parole populaire, railler les puissants, civils et religieux… jusqu’à Allah lui-même.

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          • J’ai oublié de te dire, qu’à l ‘école primaire, avec quelques élèves habitants, comme on disait “à l’écart” …et en l’absence de cantine…à l’époque ! …mon déjeuner avait lieu chez les Sœurs ! Tu vois, quand l’imprégnation veut pas prendre …!

  3. Peut-être existe-t-il une anthologie de ce genre de propos ? Je vais me mettre en quête, puisque tout est sur le ouèbe ! Mais au-delà, à côté, plutôt, il me revient aussi ces formules qui ponctuaient, elles, la cérémonie de la table (ah, la table, chez nous !) qui pour n’être pas blasphèmes marquaient néanmoins mon imagination enfantine de fortes images. Images, en effet ! Mon père en était le dépositaire. Peut-être même l’auteur… et le seul à s’en autoriser. Donc, côté boisson (le vin, bien sûr !) : ‘Ça coule comme du pipi de la Sainte Vierge dans une culotte en velours’ (ou ‘en soie’, selon l’humeur, la saison, la qualité de la chose…, que sais-je !) Côté mets : ‘Ça fond comme un pavé dans la gueule d’une vache’ (belle antiphrase) ou encore ‘C’est à s’en faire péter la sous-ventrière’ (très chevaline ou équestre). Nous n’avions pas honte de notre ruralité : vache, cheval… Les divinités, finalement, de notre panthéon campagnard. Mais… ‘Adieu, veaux, vaches, cochons…’ N’est-ce pas, vieux voisin de La Fontaine !

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