DE ‘VERGERS’, TROIS POÈMES (EN FRANÇAIS) DE RAINER MARIA RILKE

 

Dans la multiple rencontre
faisons à tous sa part,
afin que l’ordre se montre
parmi les propos du hasard.
Tout autour veut qu’on l’écoute –,
écoutons jusqu’au bout ;
car le verger et la route
c’est toujours nous !

 

Qu’il est doux d’être de ton avis,
frère aîné, ô mon corps,
qu’il est doux d’être fort
de ta force,
de te sentir feuille, tige, écorce
et tout ce que tu peux devenir encor,
toi, si près de l’esprit.
Toi, si franc, si uni
dans ta joie manifeste
d’être cet arbre de gestes
qui, un instant, ralentit
les allures célestes
pour y placer sa vie.

Ô mes amis, vous tous, je ne renie
aucun de vous ; ni même ce passant
qui n’était de l’inconcevable vie
qu’un doux regard ouvert et hésitant.
Combien de fois un être, malgré lui,
arrête de son œil ou de son geste
l’imperceptible fuite d’autrui,
en lui rendant un instant manifeste.
Les inconnus. Ils ont leur large part
à notre sort que chaque jour complète.
Précise bien, ô inconnue discrète,
mon cœur distrait, en levant ton regard.

 

Rainer Maria Rilke, extraits de Vergers, Gallimard, 1926.

1 réflexion au sujet de “DE ‘VERGERS’, TROIS POÈMES (EN FRANÇAIS) DE RAINER MARIA RILKE”

  1. Dans “Les élégies” de Rilke il y a une affirmation de la vie et celle de la mort se révèlant comme n’en formant qu’une.

    La lecture de Rilke a élevé au rang des pensées une partie de l’oeuvre. Elle a traduit son expérience. (M.Blanchot).

    Hécate

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