… DU VIDE (TROIS POÈMES DE HUGO MUJICA)

 

Tout homme

tout homme et moi :
canne sèche
que vient sillonner
le vent pour reprendre sa voie,
comme si rien ne s’était passé
sauf de s’être ouvert à
une absence
un sillon entre mon pas et le passé

entre ma vie et toute vie.

Miroir éclaté

Je me ressemble à vouloir être autre que celui que je suis.
Dans la solitude je m’excède : nous nous y abîmons
(moi et mon non-moi).

Être dans la vie

Être dans la vie
comme la fente dans le mur
il suffirait d’être soi-même,
sans être à soi-même.

 

Hugo Mujica, extrait de Poesía completa – 1983-2004.
Inédits en français, traduits de l’espagnol (Argentine) par V.L.,
avec la précieuse collaboration de A.B.

Que dire de Hugo Mujica ? Je renvoie les hispanophones et hispanisants à son site officiel et aux multiples entretiens publiés sur la toile. Encore très peu traduit en français, argentin, Mujica est aujourd’hui bien connu dans la nouvelle poésie de langue espagnole, notamment en raison de sa problématique de ‘la poétique du vide’ (titre d’un des ses écrits), très marquée par la mystique et la métaphysique, la philosophie de Heidegger, de Foucault, la psychanalyse de Lacan et des poètes tels que Jean de la Croix et Paul Celan, pour aller aux extrêmes.

De sa biographie, on peut retenir que Hugo Mujica est né en 1942 à Buenos-Aires et qu’il a fait des études d’arts plastiques, de philosophie, d’anthropologie philosophique et de théologie. Artiste plasticien à Greenwich Village dans les années soixante, il commence à écrire lors d’une retraite silencieuse de sept années chez les Trappistes.

Ce beaucoup trop bref aperçu de l’œuvre de Hugo Mujica est offert à A.B. et N.C.
 

13 réflexions au sujet de “… DU VIDE (TROIS POÈMES DE HUGO MUJICA)”

  1. VENT; ABSENCE ; AUTRE ; SOLITUDE ; AUTRE ; MOI-NON MOI ; FENTE DANS LE MUR ; ÊTRE -SANS ÊTRE.

    La poésie, ainsi, va sans dire. Merci pour ce présent de la traduction et pour ces mots, blancs cailloux du non être.

  2. Coïncidence, j’étais à regarder dans la petite fontaine, qui se vaudrait zen mais n’y parvient pas vraiment – question de regard, les petits cailloux blancs, qui ne parviennent pas, non plus -même chinois – au non-être de vrais blancs cailloux… (au point que je leur ai préféré, pour semblant, de vraies petites pierres, sans blanc, de nos vieux volcans). Être et non être.

  3. Mais oui ! le semblant sur-passe la réalité, nous ancre et nous encre dans l’imaginaire du “comme si”, un “comme si” pour de vrai !

    Petites pierres volcaniques, “comme si” porteuses de vide… “comme si” celui des fictions qui nous fondent dans un détournement de notre “Essence”…

  4. En effet, ceci vaut pour le ‘commentaire’, mais je ne sais plus quel poète écrivait que pour que l’image (poétique) ‘fonctionne’, il fallait s’abstraire du ‘comme’ qui en empêche la ‘cristallisation’. Peut-être, d’ailleurs, n’est-ce pas un poète, mais Bachelard, différenciant ‘image’ de ‘métaphore’. Je dois vérifier. À y regarder de plus près, le ‘comme si’ renvoie, lui, à un autre registre…,

  5. Oui, je suis d’accord pour ce qui est dit du “comme” qui, en tant qu’introducteur de “comparaison” ferait entrer l’imitation dans la poésie.

    “comme si”, c’est en effet un autre registre, celui de l’hypothétique, du potentiel.

    Pas d’imitation possible avec “comme si” : il faut inventer.

  6. Oui, vous avez raison…, d’ailleurs, j’ai été tenté d’ajouter, un rien provocateur (?) : comme si le ‘psy’… En effet, n’y a-t-il pas là passage à l’acte, à l’acte sur une/l’autre scène ?! Et le ‘si’ n’est-il pas le signe du théâtre, de la féerie (Shakespeare) ?! Et (c’est comme) si je mettais mon psy dans une bouteille ?! Non, je dé-lire…, tout est à ré-écrire…

  7. To be or not to be… psy comme si pas psy ou pas psy comme si psy ?

    Mettre comme si ne pas maître, son psy dans une bouteille ? Les années amélioreront le cru. Mais ce n’est pas du tout cuit.

    Quel “embouteillage” !

  8. Effectivement. Mais s’agit-il de mettre son psy dans une bouteille, de le mettre en boîte, de se le mettre dans la poche… ou encore, pragmatiquement, en sortant de son wagon-lit, de mettre la main à la poche ? (en d’autres lieux et circonstances, prudemment, on déposait l’argent sur la cheminée en entrant dans la chambre mystérieuse… mais depuis la sale histoire de la lettre volée…)

  9. Peut-être s’agit-il plutôt de déserter le wagon-lit et de dé-bourser (encore du vide!) pour d’autres projets et destinations… en quête de pierres volcaniques plutôt que de lettres volées par exemple.

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