D’UN COMMERCE CERTAIN [PHILIPPE JACCOTTET]

S’agirait-il de vous rendre un dernier hommage ? Non ! Jamais tel hommage, voire même des hommages réitérés, ne pourra, ne pourront, ne voudront être derniers. Tant votre présence ici participe d’un commerce journalier, Philippe Jaccottet ! – J’entends volontiers cette ‘journée’ au sens, très ancien, du labeur qui en une telle durée peut s’accomplir.

Il me semble en effet qu’il y a une urgence du temps. De ce temps qui nous est très quotidien. De ce temps qui certes nous est compté, mais que de surcroît, présentement, on veut abruptement nous mesurer. Nous régir. Nous amputer. Non, rien ne m’empêchera une intime, une fondamentale objection à cela. Une salutaire réticence. Une nécessaire résistance.

Oui, Philippe Jaccottet, vous écriviez – et je m’en suis fait une sorte d’emblème :

Sans doute est-on sans cesse forcé d’affronter de nouveau, avec étonnement, avec horreur, la face mauvaise de l’homme ; mais sans cesse aussi, dans la vie la plus banale et le domaine le plus borné, on peut rassembler ces autres signes, qui tiennent dans un geste, dans une parole usée faite beaucoup moins pour énoncer quoi que ce soit que pour amorcer un échange, ajouter au strict nécessaire du “commerce” un peu de chaleur gratuite, un peu de grâce : autant de signes presque dérisoires, de gestes essayés à tâtons, comme pour rebâtir inlassablement la maison, refaire aveuglément le jour ; autant de sourires grâce auxquels mon ignorance me pèse moins…

Voilà au moins un sens acceptable, pour l’humaine connivence, d’un mot ‘commerce’ souvent galvaudé. Il m’agrée. Me suffit. Je l’adopte.

Ailleurs, vous écriviez encore – Ce commerce de votre écriture !

Accepter ne se peut
comprendre ne se peut
on ne peut pas vouloir accepter ni comprendre

On avance peu à peu
comme un colporteur
d’une aube à l’autre

Tout le programme est, sensiblement, là ! Devenu mien… définitivement !

VS

P.S. : Pour éclairer ce propos, qui pourrait paraître sybillin à d’aucune, d’aucun, je précise – voir les liens ci-dessous – que Philippe Jaccottet trouve ici bien sûr une grande et légitime place, mais, qu’en outre, les deux citations ici trop écourtées, trop circonscrites, participent, pour moi, de deux textes ‘fondateurs’ : le première s’inscrivant sur ma présente ‘carte de visite’, le second inaugurant, c’est le mot juste, le premier billet du premier blogue, MONDE qui anticipa tout, ce 28 septembre 2003. Engagée par ailleurs depuis longtemps, cette fréquentation permanente voulait de cette manière s’inscrire dans un temps. Dans un espace. Se ‘certifier’.

Merci, Philippe Jaccottet.

On lira aussi, à propos de Philippe Jaccottet, les nombreux billets qui lui sont consacrés ou qui l’évoquent : ☞ ICI

1 réflexion au sujet de « D’UN COMMERCE CERTAIN [PHILIPPE JACCOTTET] »

Un commentaire, c'est sympa pour l'auteur.e … et c'est toute la vie du blogue ! D'avance, merci du vôtre.

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