DUPON

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Au fil du temps, il me fallut bien mettre un nom sur notre inimitié ; aussi, de dérive verbale en dérive verbale, je finis par les nommer Dupon, lui et sa comparse, sa Duponne, tant il me semblait que chez ces gens-là, ce n’était pas la joie.

Les Dupon, disons franchement, je ne les connais pas plus que cela : il (ou elle) ouvre ses volets le matin — et c’est, en la circonstance, à qui, de lui (d’elle) et de moi, manifestera le premier son éveil. Le soir, point de rivalité, n’en parlons pas : les Dupon et les poules, c’est du pareil au même.

Mais, me direz-vous, pourquoi tout cela ? — Simplement, Madame, Monsieur, parce qu’il est mon seul vrai (et faux) vis-à-vis, le seul, lui, ou sa Duponne, à qui je ne peux pas, même fugitivement, faire un vague signe de reconnaissance, de banale empathie, un simple bonjour, fusse par le biais d’un l’échange de regard furtif ou fuyant. Rien ! Les Dupon me détestent. Et je ne sais pourquoi. Ma position dominante, peut-être. Un étage, ça fait la différence ! Lui et elle, n’ont, comme seul et véritable vis-à-vis, que l’avocat de l’étage inférieur au mien, et la façade ostentatoire de l’immeuble hausmannien qui m’abrite. Tandis que, moi, je surplombe, avec légèreté, leur étage, médiocre, sa toiture de zinc, quelconque, et qu’ainsi, à leur grand dam, ma vue va se perdre jusqu’au-delà du dôme de l’Opéra. Oui, Dupon, tout ancien flic ou militaire que tu aies été — ou n’aies jamais été, d’ailleurs — , cet impossible vrai vis-à-vis, cet étage de surcroît, ce panorama non partagé sur l’ensemble des toits de la capitale du monde occidentale, nous séparent… Et cela, toi, Dupon, et ta Duponne,… cela, vous ne me le pardonnerez jamais.

Enfin, c’est ce que je crois.

[Non, pas à ces gens-là.]

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