ÉGAL

nocturne250x156Il avait écrit, “la fracture est nocturne comme l’être” et se souvint alors d’avoir aussi noté, “la fracture est nocturne comme en témoigne le lit déserté par celle que l’on a aimée”.

Il comprend maintenant que c’est dans la fracture même, la faille qui se creuse entre ces deux identités (entités ?) que prend figure le désir. Le désir égale la nuit, le désir égale la mort, dont la figure ne peut prendre que le masque grimaçant de l’amour. Et ce sont mots disant et désirant, qui masquent et regardent vers la mort intérieurement. Et ces mots sont gestes de soi, gestes qui masquent et affichent.

L’affirmation retranche, il le comprit aussi, faisant l’amour — comme on dit —, et son sexe-affirmation était un plus et un moins. Il savait, il voyait, que jamais il ne pourrait rassasier le désir, comme le désir ne peut rassasier la vie. Le tout est le manque, ce manque qui exprime, qui porte la tension vers.

Et l’érotique est le vital, bulle qu’englobe ce que nous nommons la mort. Il leur fallait donc “baiser” — comme on dit —, parce que baiser, c’est goulûment, ça voudrait rassasier. Et la langue rencontre la langue, envahit le palais. Et les membres, la poitrine, le ventre assaillent, enveloppent les membres, la poitrine, le ventre, leur plein et leur creux. Et le sexe fouille le sexe et s’englobe dans le sexe. Insatiable est le désir à l’image de cette mort qui le pousse. Et seule cette pulsion est vitale, est la vie. Il en venait à penser que sa vie, c’est son sexe. Il regardait autour de lui et ne voyait que du sexe, c’est à dire de la vie, de la mort. La gesticulation des hommes mimait, pensait-il, la gesticulation de l’amour. À jamais.

 

Photo v.l. : Aristide Maillol, Le fleuve, Carrousel du Louvre, Paris.

Publié initialement dans les pages ‘Chemin faisant…’ du site sous le clavier, la page, en date du 4/11/2004.

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