ENCORE UN DIMANCHE…

Humeur retrouvée — et à peine modifiée —, de la veille à peine et, par hasard, du 6 octobre 2002, très exactement.

Encore un dimanche…

Souvenir d’enfance : les affres du retour à la pension, … à la “prison”. Semaine sans nom, dimanche sans être. Quarante cinq ans de mémoire sans effacement et une enfance qui n’en finit pas de ne jamais finir, inassouvie. Échappée belle dans le rêve, seule vraie liberté face à un paysage auquel on ne se fait jamais. Si étranger à cette réalité, à cette vie … à soi-même. Sans espérance ni vraie attente. Visiteur à l’indifférente curiosité, sans enjeu, … sans en-Je, que rien ni personne n’a jamais fait durablement exister. Debout, muet, sur l’accotement, regardant les passants à l’incompréhensible trajectoire. Tendresse dédaigneuse mêlée d’un peu d’envie, “car chez ces gens-là, monsieur …” (Jacques Brel).

Amis trop lointains dont le commerce fait cruellement défaut au delà de toute idée. Montagnes, déserts, océans ne sont pas que physiques. Connivences en suspens dans un air raréfié. Le rire lui-même s’est effacé, habitude oubliée …, seul le silence sur un sentier perdu … Pas même triste, jamais vraiment résigné.

Souveraine absurdité dont la conscience pour être vaine et cependant sans vanité. Pas de posture intellectuelle ou philosophique. Les débuts furent bien sartriens ou camusiens ou encore, par la suite, beckettiens, mais la parole elle-même s’est raréfiée, éthérée, atrophiée et la pose est devenu comme poétique, d’une poésie qui ne se clame pas, se dit à peine, se prononce de l’intérieur, et que seul le regard laisse encore percer. Ô poètes, ô mes cousins, je pense à vous, chèrement, quand l’émotion m’étreint sur la tombe, froide et délaissée, au buis rabougri, de Paul Éluard, où seule une fleur de pensée desséchée, quelques cailloux alignés, témoignent, hors de toute emphase, de cette fraternité innommée qui unit celles et ceux qui s’en reconnaissent. “Liberté, j’écris ton nom …” Et quelle insigne et inaliénable liberté !

Tout m’a fait signe : les lilas pressés de vivre
et les enfants qui égaraient leurs balles dans
les parcs. Puis, des carreaux qu’on retournait tout près
en dénudant racine après racine, l’odeur
de femme travaillée… L’air tissait de ces riens
une toile tremblante. Et je la déchirais,
à force d’être seul et de chercher des traces.

Philippe Jaccottet.

Encore un dimanche…

* Lire un modeste hommage dans le Tombeau de Paul Éluard à la fin de rien de spécial.

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