FAIS-MOI SENTIR, DIT-IL [E.E. CUMMINGS]

 

Gravure de Martin Van Maele
c. 1905-1909
 
 

… et pour en finir [provisoirement] avec la question du sexe

Fais-moi sentir, dit-il
(tu veux que je crie ?, dit-elle
seulement une fois, dit-il)
c’est amusant, dit-elle

(laisse-moi toucher, dit-il
jusqu’où ?, dit-elle
un peu plus bas, dit-il)
et pourquoi pas ?, dit-elle

(s’il te plaît encore, dit-il
mais pas trop, dit-elle
quand est-ce trop ?, dit-il
ça l’est déjà, dit-elle)

laisse-moi rester, dit-il
(comment ?, dit-elle
euh… comme ça, dit-il
si tu m’embrasses, dit-elle

si je reste, dit-il
c’est de l’amour, dit-elle)
si tu le décides, dit-il
(tu me tues, dit-elle

c’est la vie, dit-il
et ta femme, dit-elle
et maintenant, dit-il)
ooh voilà, dit-elle

(doucement, doucement, dit-il
ne t’arrête pas, dit-elle
tu peux y compter, dit-il)
vas-y doucement, dit-elle

(je jouiiis ?, dit-il
ooooh, dit-elle)
c’est divin, dit-il
(tu es à Moi, dit-elle)

E.E. Cummings, Fais-moi sentir, dit-il / (may I feel, said he), extrait de Complete Poems 1913-1962. 

 

5 réflexions au sujet de “FAIS-MOI SENTIR, DIT-IL [E.E. CUMMINGS]”

  1. Impossible d’en finir jamais, même provisoirement, avec cette question-là !! !

    J’aimerais pouvoir prouver lisiblement que je ne suis pas un robot. Je dois résister à l’injonction car la dernière fois, j’ai dû m’y reprendre à quatre fois avant de déchiffrer un cryptogramme et je crains de ne pas faire mieux aujourd’hui.

  2. Oh, Noëlle, aucun cryptogrammme ici – trop compliqué pour moi ! -, simplement une forme d’humour allusif, qu’il faut peut-être aussi mettre, époque aidant, en rapport avec l’histoire du ‘décryptage’ du la sexualité. Matière et manière, aussi, peut-être, avec Neruda et Lawrence, de prendre son trépied !

  3. J’aime beaucoup beaucoup !

    Peu de temps pour pérégriner sur les blogs en ce moment : j’ai la tête dans le guidon (rédaction d’un mémoire) et mon tuteur me met en garde sur mes risques de vouloir trop jouer avec les mots… et aussi mon style, qui (je cite) “peut satisfaire le rhétoricien, mais peut nuire à la rigueur intellectuelle, que je vous propose de privilégier, même si, j’en conviens, elle est moins poétique”.

    Os court ! Encore un deuil à faire ! C’est violent ça, n’est-ce pas ?

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