GUERRE…, MAIS GUÈRE !

La fin de l’hiver était douce et autorisait de saines promenades à travers les gravières — les ‘grèvières’, comme on dit ici — et le long du canal. Je m’avançais donc de mon bon pas et finissait par rejoindre un couple arrếté qui contemplait un envol d’oiseau : — C’est un cygne, disait-elle. — Non, c’est une oie, rétorquait-il.

Je m’autorisais de ma fraîche science, ayant observé déjà, depuis quelque temps, le manège de cet oiseau — un solitaire, là ; un couple ailleurs. — Non, c’est un héron blanc, comme on le nomme vulgairement. En réalité, une aigrette garzette, toute blanche, huppée, aux doigts jaunes. On la rencontre rarement ici, mais on la trouve un peu plus au nord, dans la baie de Somme. Sans doute, l’hiver peu rigoureux lui aura évité de migrer plus loin dans le pourtour méditerranéen.

Et voici la conversation engagée : — Vous êtes d’ici ? — Oui, en effet ! — Ah…, et comment  vous appelez-vous ? On connaît ma famille. Monsieur n’est pas d’ici, mais Madame en est et doit avoir mon âge. On me cite un nom. Il me semble me souvenir d’une photo d’école…, la petite grosse, mal fagotée…

Passons ! Mais Monsieur en veut. Ils ont habité la région parisienne, bistrotiers, il me semble, retraités aujourd’hui. On vient de temps en temps dans la maison de famille. Mais, lui, il doit exister aussi ici dans ce paysage picard… et le prouver.

— Vous savez, moi, j’ai fait la guerre d’Algérie… Tâtez-là, me dit-il, prenant ma main, tâtez-là… Bien obligé, je tâte un poignet. — Vous sentez ? Là… La balle, qu’on ne m’a jamais extraite. — Ah, l’Algérie, Monsieur… !

Bon, le climat est clément, j’ai envie de marcher, d’oublier l’Algérie, de penser au héron blanc dans le calme des étangs… Je m’excuse, je salue et je me sauve.

À Luc M. …, et à Alphonse Daudet, pour sa manière de narrer.

10 réflexions au sujet de “GUERRE…, MAIS GUÈRE !”

  1. Il est des rencontres insolites ! Comment peut-on associer une blessure de guerre au plaisir d’une promenade et de l’envol d’un oiseau ? En ces lieux qui me sont habituels, où l’on observe souvent des hérons cendrés et d’autres plus rarement, dans un havre de silence… guère et paix ! 😉

  2. … et mon voisin : c’est sûr, la terre est ronde et elle tourne ! donc, ça doit arriver qu’on ait la tête toute retournée !!!

  3. L’aigrette garzette, oui. Je l’ai vue en plusieurs endroits de la vallée ce printemps, y compris la semaine passée, dans un champ labouré le long de la N2.
    Plutôt demander à un ornithologue que de faire signe à une oie pour tenter d’avoir une réponse documentée.

    • Jean-Pierre, je suis toujours en déficit de correspondance avec toi. Je te prie de m’en excuser. Le temps passe… et heureusement s’estompe pour ce qui est de ces trois dernières années V…siennes. Donc prochainement un courriel dans ta direction. Cordialement.

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