HOMMAGE À STRASBOURG, À SA CATHÉDRALE

Il y a une petite vingtaine d’années des circonstances m’amenèrent à Strasbourg, que je ne connaissais pas ; ce fut une étrange histoire. Il en résulta un texte, dramatique, qui ne fut jamais écrit et n’est plus à écrire, mais en demeure cependant l’amorce que je reprends ici. Avec d’autant plus d’intérêt et de plaisir qu’elle renvoie à un autre billet publié par le passé : AU PASSAGE, STRASBOURG [ANDRÉ GIDE]. Belle opportunité de relier, de fusionner ces deux souvenirs autour de cette esquisse qui tourne court mais ne s’achève pas.

Franchi le col le train glissait maintenant vers la longue plaine oblongue qui ne se découvrait pas encore. Installée entre monts et fleuve, elle se disait pays, territoire autre. Trop retranchée de l’une, trop proche de l’autre, elle refusait toute identité qui ne lui fût propre ; elle acceptait avec réticence d’être de cette nation-ci et se refusait à l’autre. Mais il fallait porter encore bien loin le regard pour en découvrir le lieu, anneau de pierre autour de sa cathédrale altière. La ville avait le geste ample d’un César et l’élégante lourdeur d’une cité impériale. Elle se savait capitale.

Arrivant là, frère de tous mes exils, j’y présumais un havre, une paix. Je ne m’y arrêterai pas. J’avais franchi la marche, et la marche m’arrêtait. Mais quelle allégresse en ce matin d’un bel avril ! Le soleil avait des saveurs de blé à mûrir et la lumière fusait de l’est.

Au départ était un quai de gare, rampe de tous les départs, trottoir de toutes les arrivées ; et cette gare, à dire vrai, ne regardait que vers ce pays-là ; elle en verrouillait tout accès ; elle était la gencive que la langue ne franchirait pas.

Mais sortir de cette autre gare, en surplomber les douves, accéder à la ville, par delà toutes les guerres, enfiler une rue à allure de bourgmestre, deviner entre les toits un point cardinal, s’y rallier. Et je la découvrais enfin : Ciselure. Cathédrale ! Elle était portail, flèche inaccessible, élan impossible, mais c’est de revers, à l’occident du jour, par sa croupe, dans la jouissance du couchant, qu’enfin, et sans fin, elle se donna. Othonienne, fille d’empire ! …

 

À Marie, tout simplement.

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2 réflexions au sujet de “HOMMAGE À STRASBOURG, À SA CATHÉDRALE”

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