HOMME J’AI FROID… [JEAN-MARC LECHÂTEL]

homme j’ai froid parmi les hommes
fermées fermées sont les croisées
comme les yeux de ceux qui mangent
pousse l’herbe des ruines entre les pavés
des rues où j’emmène ma faim

homme as-tu faim lorsque je déambule ?

homme j’ai froid les mains tendues au-dessus du feu
des hommes qui se chauffent
j’imagine qu’elles repoussent
dans la foi que j’emmène avec ma faim
entre les rues mortes des hommes absents

homme j’ai peur parmi les hommes
car il fait nuit dans la ville déserte
homme j’ai peur les hommes se meuvent
dans une gangue de silence
homme qui te tais qui voiles ta lumière
qui ferme ta porte verrouilles ta solitude
homme n’as-tu pas honte de ma peur ?

homme clos qui m’observes derrière tes vitres
homme j’ai honte chez les hommes
honte d’errer avec ma faim
du froid qui gèle mes mots mes lèvres
et de saisir le heurtoir brûlant de leur porte
j’ai honte de leur force

homme gris n’as-tu pas peur de ma honte ?

Jean-Marc Lechâtel, Revue Soleil, Alger, 1950.

N.B. : Ces lignes à chaque lecture me plongent dans un malaise insondable, une forme d’effroi indéfinissable. Quant à l’auteur, Jean-Marc Lechâtel, malgré mes recherches, je n’en connais rien ; pour ce qui est de la revue Soleil, j’y reviendrai par ailleurs.

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