HUMANISME ET ANTHROPOLOGIE [ELIAS CANETTI]

L’humanisme nous a rendu la vie trop facile. Nous ne connaissions pratiquement rien encore. Tout son effort ne visait, en fait, qu’une seule tradition. Mais même si, de cet élan, ne devait rester que le nom, il n’en serait pas moins sacré ; et la science qui le prolonge avec davantage d’ampleur et d’érudition, et qui en est l’héritière véritable,  porte une dénomination analogue, quoique remplie d’infiniment moins de confiante assurance : l’anthropologie.

Elias Canetti, Le Territoire de l’homme, p.46, Albin Michel, 1978.

P.S. : Elias Canetti fut prix Nobel de littérature en 1981.

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3 réflexions au sujet de “HUMANISME ET ANTHROPOLOGIE [ELIAS CANETTI]”

  1. Autre écho, au fil des lectures, celui de Claude Lévi-Strauss, l’anthropologue (et humaniste), portant sur « cette seule tradition » que stigmatise Elias Canetti : « quand ils proclament, au contraire, que ‘l’enfer, c’est nous-mêmes’, les peuples sauvages donnent une leçon de modestie qu’on voudrait croire que nous sommes encore capables d’entendre. En ce siècle où l’homme s’acharne à détruire d’innombrables formes vivantes, après tant de sociétés dont la richesse et la diversité constituaient de temps immémorial le plus clair de son patrimoine, jamais, sans doute, il n’a été plus nécessaire de dire, comme font les mythes, qu’un humanisme bien ordonné ne commence pas par soi-même, mais place le monde avant la vie, la vie avant l’homme, le respect des autres avant l’amour-propre ; et que même un séjour d’un ou deux millions d’années sur cette terre, puisque de toute façon il connaîtra un terme, ne saurait servir d’excuse à une espèce quelconque, fût-ce la nôtre, pour se l’approprier comme une chose et s’y conduire sans pudeur ni discrétion. » Claude Lévi-Strauss, Mythologiques, III. L’origine des manières de table, Paris, Plon, 1968, p. 422.

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  2. Ce à quoi, d’autre manière et un cran plus loin, semble faire écho l’anthropologue Philippe Descola, dans la conclusion de son avant-propos au magistral – et maintenant référentiel – « Par-delà nature et culture » (2006) : « L’anthropologie est donc confrontée à un défi formidable : soit disparaître avec une forme épuisée d’humanisme, soit se métamorphoser en repensant son domaine et ses outils de manière à inclure dans son objet bien plus que l’anthropos, toute cette collectivité des existants liée à lui et reléguée à présent dans une fonction d’entourage. Ou, pour le dire en termes plus conventionnels, l’anthropologie de la culture doit se doubler d’une anthropologie de la nature, ouverte à cette partie d’eux-mêmes et du monde que les actualisent et au moyen de laquelle ils s’objectivent. »

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  3. … mais peut-être faut-il modérer le relatif optimisme de Canetti par ce qu’en dit un anthropologue – et pas des moindres ! –, Marshall Sahlins : « Aujourd’hui, les anthropologues sont ‘colonisés’ par leur propre culture bourgeoise et le capitalisme. Ils perdent leur curiosité, leur sens de la comparaison. L’anthropologie est devenue une sorte d’élitisme social, sans cohérence, sans projet et qui n’a plus rien de spécial à dire. »

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