II Y A DES MORTS QUI SOMMEILLENT… [MAHMOUD DARWICH]

Mort, ai-je dit ? Il n’y a pas de mort.
Seulement un changement de mondes.

 

Il y a des morts qui sommeillent dans les chambres que vous bâtirez. Des morts qui visitent leur passé dans les lieux que vous démolissez. Des morts qui passent sur les ponts que vous construisez. Et il y a des morts qui éclairent la nuit des papillons, qui arrivent à l’aube pour prendre le thé avec vous, calmes tels que vos fusils les abandonnèrent. Laissez donc, ô invités du lieu, quelques sièges libres pour les hôtes, qu’ils vous donnent lecture des conditions de la paix avec les défunts.

 

Mahmoud Darwich, Discours de l’homme rouge, VII, Actes Sud,
traduit de l’arabe (Palestine) par Elias Sanbar, 2009.

 

… depuis le 16 septembre 1982, et bien avant, et bien après, il y a des morts qui sommeillent à Sabra, à Chatila, et bien ailleurs…
 

3 réflexions au sujet de “II Y A DES MORTS QUI SOMMEILLENT… [MAHMOUD DARWICH]”

  1. “L’art et la nécessité d’évoquer les morts que, sans en avoir clairement conscience, nous pratiquons en permanence, constituent l’une des bases de la vie en société; celle-ci étant à tel point présente dans notre conscience de tous les jours qu’elle en est devenue diffuse […]

    Nos morts et la façon que nous avons de les évoquer ne seraient qu’une manière allégorique de désigner nos mouvements psychiques inconscients.

    La délibération avec les morts serait alors un moyen pratique et plutôt réaliste de tenter de réformer ce qui nous semble désuet ou obsolète dans les traditions qui se perpétuent à travers nous- simples maillons d’une longue chaîne…

    “Ce n’est pas moi qui t’engendre, mon fils, ce sont les morts”, dit le poète.”
    Denis Grozdanovitch.”Rêveurs et nageurs”

  2. Je comprends votre propos — et le partage — mais s’agissant de ‘ceci/cela’ (la mort), non l’abstraction, l’idée, peu importe d’ailleurs, mais la mort, telle qu’elle n’existe pas, mais telle aussi que l’ON en meurt, je n’ai plus, pour image — obsédante image — vraie, que ce Philippe Jaccottet en visite et revisite dans ‘Leçons’, que vous trouverez, mais pas seulement, dans ‘À la lumière d’hiver’, Poésie, Gallimard. C’est stupéfiant.

    Qu’il se tienne dans l’angle de la chambre. Qu’il mesure comme il a fait jadis le plomb, les lignes que j’assemble en questionnant, me rappelant sa fin. Que sa droiture garde ma main d’errer ou dévier, si elle tremble.

    Autrefois,
    moi l’effrayé, l’ignorant, vivant à peine,
    me couvrant d’images les yeux,
    j’ai prétendu guider mourants et morts.

    Moi, poète abrité,
    épargné, souffrant à peine,
    aller tracer des routes jusque-là !

    À présent, lampe soufflée,
    main plus errante, qui tremble,
    je recommence lentement dans l’air.

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