IL Y AVAIT UN ENFANT PAUVRE D’ALGÉRIE [PHILIPPE LOUIT]

Hier, une amie algéroise me confiait son bouleversement : l’ancienne femme de ménage de son bureau, une entreprise de recrutement de cadres, sur le port d’Alger, qui avait travaillé là 6 à 7 ans, déjà gravement malade depuis longtemps, venait de mourir : Quelle vie ! La nôtre a adopté un garçon et une fille. A élevé son petit-fils qui a pris 9 ans de prison et qui a contribué à accélérer sa mort. Son fils adoptif vivait en concubinage avec une femme qui avait le double de son âge et sa fille a vécu longtemps dans un bidonville avec son mari et ses 3 enfants. Avec tout ça, la pauvre dame a fini très malade soignée par la voisine, m’écrivait-elle. Que dire à/de la jeunesse d’Algérie en ces jours, sinon : Vous avez raison, grande raison… d’être… et de l’affirmer ! À la mémoire de cette femme… et de cette jeunesse, ce simple poème venu d’un temps déjà ancien (d’avant l’Indépendance)…

IL Y AVAIT UN ENFANT PAUVRE D’ALGÉRIE

Il y avait un homme assis entre chaque soleil
sa tête était perdue au plus profond de la lumière
il était fort et large
et debout sur la vie.

Il y avait un enfant pauvre d’Algérie
pour soutenir son calme
un enfant pour chaque jour qui venait boire son ombre.

Il y avait aussi deux arbres chauves
et sa femme à toute heure dansait
ses yeux autour du cou.

Philippe Louit, revue Soleil, n° 1, Alger, 5 janvier 1950. Ont collaboré à ce numéro : Galliéro (illustration) , M.-R. Bataille, Kateb Yacine, Philippe Louit, Jean Sénac, Louis Foucher, José Pivin (gérant), Mohammed Dib.

4 réflexions au sujet de “IL Y AVAIT UN ENFANT PAUVRE D’ALGÉRIE [PHILIPPE LOUIT]”

  1. L’Algérie, colonisée, puis toujours privée de démocratie encore aujourd’hui, malgré les promesses du FLN, pourrait-elle offrir enfin à son peuple un peu de richesse et de démocratie…sans le prix du sang ?!.

    • Apparemment, c’est le propre (le sale ?!) de certains régimes post-coloniaux d’adopter le système politique – système qui les a généralement formés – en vigueur avant leur Indépendance – et qu’ils ont vigoureusement combattus. Les nouvelles castes qui s’installent au pouvoir, et le verrouillent, reproduisent ce même système d’exploitation du peuple pour en tirer les mêmes privilèges. Mais n’est-ce pas le propre (le sale ?!) de tout pouvoir : s’imposer à tout prix… et profiter au mieux de ce prix ?!

  2. Elle voit que la couleur ocre arrive
    Ocre comme la poussière sous le sabot de l’âne
    Ocre comme ce petit mur de pierre blanche que le matin colore
     
    Elle se souvient : Tanger (mais ça aurait pu être Alger)
    Une mendiante avec son bébé
    Ocre était son foulard déchiré
    Ocre comme la poussière sous le sabot de l’âne
    Ocre couleur de misère
    Ocre couleur du petit matin d’hiver
    Sur ce mur de pierre blanche
    Le bébé bien calé sur sa hanche
     
    Elle se souvient : son père
    Assis à la terrasse d’un café
    Sa famille autour de lui
    La mendiante avec son bébé porte la main à sa bouche
    Les yeux implorant
    « Allah Mounana… Allah Mounana… »
    « Allah y gibe » répond sa mère
    « Dieu te le donnera »
     
    Ocre est la misère

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