ÎLES DE PARIS [WILLY RONIS / LÉO FERRÉ]

 
ILE, n. f. (lat. insula) :
espace de terre entouré de rêve de tous côtés. (J.P.)

Îles… de Beauté, de Fanac, Sainte-Catherine, de Brise-Pain, d’Enfer, Saint-Louis, de la Cité, des Cygnes, Saint-Germain, de Billancourt, Seguin, de Puteaux, de la Grande-Jatte, de Robinson, des Ravageurs, de Saint-Ouen, Saint-Denis, de Colombes, Saint-Martin, de Chatou, de la Loge…
 
Les connaissez-vous, Parisiens, vos îles, celles qui embouclent votre cité, Paris ? Oh, oui ! vous ne cessez de vanter à vos touristes d’amis venus de province ou d’ailleurs, l’île de la Cité ou Saint-Louis, au nom de chansons, Robinson et de la Grande-Jatte, au nom de guinguette et de peintres désuets ; certains, ayant trimé, vous diront : Île Seguin ou encore de Billancourt… Mais les connaissez-vous, Parisiens, vos îles ?
 
L’Île Saint-Louis
Léo Ferré

Pensant à un vieux, très vieux monsieur, qui vient de nous quitter — il y a tout juste deux semaines –, le photographe, poète de l’œil et du regard, Willy Ronis (1910-2009), je retrouve, humant le papier jauni, un vieux livre — pensez donc, plus de cinquante ans ; j’étais enfant ! – ‘Îles de Paris’ de Jean Prasteau, l’amoureux de Paris et des îles, ‘orné’, comme il est écrit donc, de 24 photographies de Willy Ronis. Jaunie aussi la préface qui, pourtant, en quelques lignes nous évade vers l’infini des…

Îles…
Îles échouées dans les flots troubles de Paris.
Îles mouillées en Seine et en Marne, de Nogent à Port-Marly. Îles d’eau douce au noms doux et terribles comme la vie : île de Beauté, île d’Enfer, île d’Amour, île de la Folie… Petite sœurs ingrates de Bora-Bora et de San Cristobal… Archipels à fleur d’eau exhaussées par les débris de vingt siècles… Petites îles de Paris, de pierre noble ou drapées dans la sombre poésie de banlieues lépreuses ; expertes à porter l’harmonieuse demeure du XVIIIe siècle, comme l’usine maquillée de crasse et le vert paradis des saules…

Partis (Paris, ai-je d’abord écrit) loin d’ici, vous disais-je !
 
Ainsi commence un livre… Mais il se doit terminer par l’évocation du plus lointain, qui le clôt. D’amont en aval, le fleuve enfile les îles et les rêves de Paris qui, avec les chalands de la Seine, s’éloignent et s’estompent…

C’est la porte de l’Océan qu’on ouvre devant eux.
La porte de l’Aventure…
Loin, très loin, au-delà de Rouen, la houle naît. Les vagues viennent claquer contre les étraves et balayer les ponts.
Les courlis, les mouettes piaillent autour du mât. Un rayon de soleil tombe, raide, nerveux, d’entre les nuages.
Jusqu’à l’horizon, quelque chose de terrible, de souple, s’agite, roule, chuchote : la mer au goût de rêve…

Ainsi se referme le livre aux pages jaunies. Merci à G.S. de qui je le tiens, et à sa maman, amoureuse folle de Paris qui, avant elle, le conserva.
 
 
Jean Prasteau, Îles de Paris,
ouvrage orné de 24 photographies de Willy Ronis,
Arthaud, 1957
(disponible chez les bouquinistes des quais de la Seine, peut-être).
 
Photographie : Willy Ronis, La péniche aux enfants.
 
Chanson : L’Île Saint-Louis, Francis Claude / Léo Ferré, 1949,
interprétée par Léo Ferré.
 
Print Friendly, PDF & Email

1 réflexion au sujet de « ÎLES DE PARIS [WILLY RONIS / LÉO FERRÉ] »

  1. Les îles de Paris, îles de France, je les aime si changeantes, ceintes de Seine et totalement magnifiées par l’oeil objectif d’un Génie de la Photographie.

    Et un grand merci, cher Vincent de la publicité pour mes travaux de Layette en Ile de France !

    Répondre

Laisser un commentaire

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.