INVASION DE TIQUES

Il y eut le phylloxéra, la “peste” américaine, qui affecta l’ensemble du vignoble français au début du 20e siècle et engendra misère et révoltes. Depuis trois ou quatre décennies nous connaissons une nouvelle pandémie d’origine états-unienne, la prolifération anarchique de “tiques” en tous genres, toutes filles de la “folie” technicienne : cybernétique, logistique, informatique, télématique, robotique, bureautique…, plus récemment, domotique, connectique, manutique, mercatique… et, ce matin même, j’ai croisé une “unité” mobile de formation à la… préventique.

Toutes “sciences” qui n’en sont pas, à peine des savoir-faire théorisés – en quête de “niches” à occuper et de “segments” de marché à prendre – mais qui font qu’une “femme de ménage” devient une “technicienne de surface” et que le moindre emploi dans une organisation humanitaire exige un “mastère” ad hoc.

Ce tout-pouvoir de la société technicienne, analysé depuis longtemps par Jacques Ellul, nous amène cependant à nous poser une question “épistémologique”, comme nous disions dans les milieux althussériens de la fin des années soixante, et reprise aujourd’hui par des philosophes, sociologues et anthropologues qui s’intéressent aux glissements sémantiques : si les mots changent, c’est que les réalités ont changé – et les concepts aussi, en retour.

À preuve la belle conférence conclusive, “Anthropos aujourd’hui”, donnée par Paul Rabinow, professeur d’anthropologie à Berkeley, bénéficiaire d’une “Chaire Blaise Pascal”, attribuée par l’École Normale Supérieure (“Normale Sup”), diffusée sur Internet par TéléSavoirs. Il y évoque notamment, ainsi que d’autres chercheurs invités, le passage d’une époque dominée par le logos à une nouvelle placée, elle, sous le signe de la teckné. À suivre absolument. [Malheureusement, désormais cette diffusion ne semble plus accessible : 31/01/2015].

Toujours est-il que je m’interroge quant à savoir si à ne plus pouvoir “penser sur”, je serai désormais contraint uniquement de “faire avec”… et si, fantaisie pour fantaisie, je ne devrai pas définitivement abandonner ma traditionnelle culture (latine) de l’art (et du logos) amoureux pour une (pure) compétence technique, impliquant “expertise” reconnue ès “erotics”, dûment agréée par Bruxelles, et m’autorisant fonctionnellement à faire “tac-tac”, … à l’américaine.

Finie la “logologie”, vive la “technotique” !
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