JARDIN RETROUVÉ [RABINDRANÀTH TAGORE]

Tagore3On m’envoie et redonne à lire un de ceux qui ont auréolé les heures rêveuses de mon adolescence ; je l’installe donc ici dans l’implicite compagnie des André Gide, Thomas Mann et autres Aldous Huxley qui en ces temps ne me quittaient pas. Sans doute vous avais-je alors bien mal traité ; je vais m’efforcer aujourd’hui d’être meilleur élève !

 

Tes yeux m’interrogent, tristes, cherchant à pénétrer ma pensée ; de même la lune voudrait connaître l’intérieur de l’océan.
J’ai mis à nu devant toi ma vie tout entière, sans omettre ou dissimuler. C’est pourquoi tu ne me connais pas.
Si ma vie était une simple pierre colorée, je pourrais la briser en cent morceaux et t’en faire un collier que tu porterais autour du cou.
Si elle était simple fleur, ronde, et petite, et parfumée, je pourrais l’arracher de sa tige et la mettre sur tes cheveux.

Mais ce n’est qu’un cœur, bien-aimée.
Où sont ces rives, où sont ses racines ?
Tu ignores les limites de ce royaume sur le quel tu règnes.
Si ma vie n’était qu’un instant de plaisir, elle fleurirait en un tranquille sourire que tu pourrais déchiffrer en un moment.
Si elle n’était que douleur, elle fondrait en larmes limpides, révélant silencieusement la profondeur de son secret.

Mais ma vie n’est amour, bien-aimée.
Mon plaisir et ma peine sont sans fin, ma pauvreté et ma richesse éternelles.
Mon cœur est près de toi comme ta vie même, mais jamais tu ne pourras le connaître tout entier.

 

 

Publié initialement dans les pages ‘Lectures en partage / Plurielles’ du site sous le clavier, la page, en octobre 2003.

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