JE NE SUIS PLUS SEUL… JE NE REDOUTE PLUS RIEN [TAREK ESSAKER]

… Je ne suis plus seul, plus nombreuses les brèches, plus douloureuses les blessures où s’attablent la mémoire et la poussière, le temps et la pierre, les fers et les remparts, la chair et le fil de fer. Rien qui ne laisse présager une onde de joie ou d’apaisement qui éclabousserait les terres et relèverait les hommes. Je ne suis ni berger ni forgeron, ni maçon ni bûcheron. Je redoute les entraves, le regain des murs, les déchéances, le vide des regards, l’absence de visages, les cailloux tranchants, le feu nu des métaux, les colonnes de la mort, les troupeaux à proximité des abattoirs, le lent automne à ma fenêtre, la rigidité des lieux, les mesures et cadences à mettre la vie à genoux, l’éboulement des horizons ouverts et les raides certitudes.

À dire vrai, à y réfléchir…

Je ne redoute plus rien. La différence entre les saisons comme celle entre un lieu et un autre, un être et un autre, m’a appris la distance. J’aborde mes frissons comme la question de mes blessures et celle de ma présence au monde, comme j’essaye de suivre et admire l’envol des oiseaux aux dessins mystérieux, indéchiffrables et envoûtants. Me nourrissant des leurs, je ne tente que de border la voûte d’un soutien et d’une menace, en vigilance, en folie, dans les zébrures des regards.

Tarek Essaker, 29 novembre 2010.
 
Photo : v.l., Bruxelles, 5/12/05, Théâtre ‘Le Café’,
 avant la première de ‘La vie comme elle va’ de Tarek Essaker.

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