J’ÉCUME LES JOURS [BORIS VIAN]

Dans la vie, l’essentiel est de porter sur tout des jugements a priori. Il apparaît, en effet, que les masses ont tort, et les individus toujours raison. Il faut se garder d’en déduire des règles de conduite : elles ne doivent pas avoir besoin d’être formulées pour qu’on les suive. Il y a seulement deux choses : c’est l’amour, de toutes façons, avec de jolies filles, et la musique de la Nouvelle-Orléans ou de Duke Ellington. Le reste devrait disparaître, car le reste est laid, et les quelques pages de démonstration qui suivent tirent toute leur force du fait que l’histoire est entièrement vraie, puisque je l’ai imaginée d’un bout à l’autre. Sa réalisation matérielle proprement dite consiste essentiellement en une projection de la réalité, en atmosphère biaise et chauffée, sur un plan de référence irrégulièrement ondulé et présentant de la distorsion*. On le voit, c’est un procédé avouable, s’il en fut.

 

La Nouvelle-Orléans, 10 mars 1946.

Boris Vian, avant-propos de L’écume des jours.

 
Jazz me blues, T. Delaney
Boris Vian, trompette, novembre 1946

 

* Je dédie cette phrase à G., qui comprendra et en tirera (en a déjà tiré) le plus grand profit. V.

15 réflexions au sujet de “J’ÉCUME LES JOURS [BORIS VIAN]”

  1. Décidément j’ai l’intellect d’un plésiosaure (autant dire un rien réparti le long de ma colonne vertébrale endolorie) ; j’ai cru un instant que j’écrivais un e-mail à mon conseiller financier de La Poste…

    Quel cauchemar !

    Désolée, je ne suis pas à la hauteur…

    Bonne nuit

  2. ‘matin ! De rien… J’espère que le sommeil fut réparateur. Dundee…, simplement un produit financier d’une banque canadienne (je place ma petite épargne au loin, là où il y a de gros écureuils… et, tête en l’air, comme eux, j’oublie dans quelle caisse je l’ai planquée. Bon ! rien à voir dans l’affaire… Décidément, l’esprit d’escalier et moi…

    Bonne journée.

  3. Les mots ont tant de sens (sing. et plur.) que c’est surtout quand ils prétendent en avoir le moins qu’ils en sont le plus nourris, n’est-ce pas mon cher Jacques !

    Par ailleurs, je vous parlerai quelque jour de la ‘dialectique de l’écume’, en cuisine, car là, on est guère loin de ce qu’aucun(e)s nomment ‘alchimie opératoire’. Et celle-là me convient mieux que celle-ci.

    En bon écumeur, salut !

    Bien à vous, Hécate.

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