LA CASA DI ZIA R’HIMO / LA MAISON DE TANTE R’HIMO [MOHAMED H. AKALAY]

[FRANÇAIS]

peint-hakalay250x176Le texte, que nous donnons ici dans une version bilingue, a fait l’objet d’une traduction française en 1996, alors qu’il était encore inédit. Aujourd’hui, il est publié dans sa version originale italienne, dans un recueil de quatre récits (racconti) comprenant en outre : “La sacra iniziazione”, “La thaymùma”, “Mù Zina” et une belle préface de l’éditeur Sandro Allegrini, dans “Cinque perle d’argilla” édité aux Edizioni Orient Express à Castel Frentano (Italie),  en juin 2005 (96 pages, 9 €, ISBN 88-8849-26-X). Les divergences qui peuvent apparaître entre l’original et sa traduction relèvent du remaniement que l’auteur a effectué lors de la publication, mais en attendant une éventuelle révision de la traduction — qui fut aussi réécriture par l’auteur —, nous maintenons la version initiale. Peut-être vaudrait-il mieux parler d’ailleurs d’adaptation en français !

Le silence submerge. Le silence est absolu. Le silence est miroir où peur et joie alternent dans la vie.

Un chant de canaris, un roucoulement de tourterelles passent pour bruissements en cette interminable allée du néant. Le silence. Seul le chant de ces oiseaux, de sa faible haleine de peine, ose effleurer cet immense roc. Le silence.

Le silence en la maison de Tante R’Himo est culte, est concentration. Le silence, c’est entrer, sortir, par les méandres de l’esprit, comme le fil d’or dans les douces chairs du velours abandonnées entre les mains de Tante R’Himo. Le silence, c’est creuser les ombres de la pensée, soit en plumes de paon, soit en racloir ; c’est entrer dans entrailles du doute et de l’absolu.

Nous, enfants-adolescents, anges-démons, plus démons qu’anges, pour rester dans le lexique des parents, sous la lourde cape du silence, nous contemplions et épiions du haut du darbùz, à la dérobée, comme lorsque l’on vole dans la tirelire d’un frère. Nous contemplions les jeunes apprenties, engagées pour apprendre l’art de la broderie dont Tante R’Himo est la maîtresse avec rigueur et discipline. Le silence puissant et majestueux ne peut rien contre nos regards qui, précocement, sont à la recherche de coïts imaginaires.

Regard croisant un regard. Sourire croisant un sourire. Les filles s’excitent de notre présence. Le silence devient moins dur. Il nous fait un clin d’œil et se donne pour complice. Le silence est happé par nos regards. Le silence devient parole de soie pendue au fil d’une coquetterie qu’effleure la malice. Grimpés tout le temps au haut du Darbùz mon cousin et moi, incestueusement, nous frottons nos regards aux douces formes féminines. Surtout à leurs seins. Les filles s’en sont aperçues. Elles se sont rendues compte de notre présence, à coups de coudes, complaisantes, elles acquiescent. Elles ouvrent l’éventail du jeu.

Tante R’himo, tête et yeux baissés sur le fil d’or et le velours vert-noir, ne s’aperçoit pas ce doux et imaginaire trafic légitime des sens.

Mille et un miroirs de désirs ardents enivrent le silence et ces lieux de la maison de Tante R’Himo, autel de nos premiers battements qui souvent restent brisés par ce jeu.

Traduit de l’italien par l’auteur et Vincent Lefèvre.

Note : Mohamed Hakim Akalay (1944-2010), qui se définissait lui-même comme “italo-berbère”, est issu d’une famille du Rif marocain. Ayant opté pour la nationalité italienne, peintre, sculpteur, photographe, poète et romancier, ce créateur protéiforme vivait et travaillait à Spello, près de Pérouse, tourmenté par la nostalgie de Tanger, sa ville, et de l’Andalousie dont ses aïeux ont fait la splendeur, mais aussi et surtout, par delà les époques “bénies”, par la misère et la souffrance — mais aussi la dignité — des hommes et du monde d’aujourd’hui, dont toute son œuvre témoigne avec une belle et terrible acuité.

On trouvera d’autres ‘traces’ des écrits, notamment poétiques, de  l’auteur, en particulier à l’occasion de sa brutale disparition en juillet 2010, dans les pages voisines des blogues du présent site.

 

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[ITALIANO]

Il testo, che diamo in una versione bilingue, è stato oggetto di una traduzione francese nel 1996, mentre era ancora inédita. Oggi, è publicato nella sua versione originale italiana, in una raccolta di quattro racconti comprendendo inoltre: “La sacra iniziazione”, “La thaymùma”, “Mù Zina” ed una bella préfazione dell’ editore Sandro Allegrini, in “Cinque  perle di argilla” publicato dalle Edizioni Orient Express a Castel Frentano, nel giugno 2005, (96 pagine, 9 €, ISBN 88-8849-26-X). Le divergenze che possono apparire tra l’originale e la sua traduzione dipendono dal  cambiamento che l’autore ha effettuato all’atto della pubblicazione, ma in attesa di una révisione éventuale della traduzione — che fu così riscritta da parte dell’autore —, manteniamo la versione iniziale. Forse varebbe il parlare d’adattamento in francese!

 
Il silenzio incombeva. Il silenzio era assoluto. Il silenzio era uno specchio steso, sul respiro di un orizzonte ove malinconia e gioia si altemavano.

Il fischio di un canoro, il tubare di una tortorella, ncl1a tenera frescura, faceva da sottofondo all’interminubile viale del nulla: il silenzio.

Solo il fragile respiro delle tortorelle e il fischio deI canarino impazzito erano capaci di sconfiggere e demolire il gigantesco macigno che copriva anche i canti degli abissi. Il silenzio era ovunque, acquasantiera negli angoli della concentrazione. Il silenzio, a casa di mia zia R’Himo, era cuIto in un tempio di seta e velluto. Il silenzio era un entrare ed uscire dai meandri della mente e dell’intelligenza, come appunto il filo d’oro, appeso ad un saggio ago, eseguiva con la massima leggerezza un valzer sul tenebroso velluto. Il silenzio scavava con piume di pavone, là dove le ombre sussurravano al pensiero parole di brezza.

Navigare, aleggiare, percorrere viscere delle più scabrose e complesse fantasie, per poi trovarsi di fronte ad un velo impenetrabile: il silenzio. Sogno e realtà passavano attraverso delicate dita, senza mai afferrarle.

Noi nel silenzio, noi e il silenzio, bambini-adolescenti, farfalle e fiori, contemplavamo dall’aIto del darbùs*, con malizia angelica, l’acquario delle emozioni. ln sotterfugio, come quando si rubavano degli spiccioli dal salvadanaio deI fratello, osservavamo con il fiato più pesante di quello deI silenzio. Osservavamo. Osservavamo attentamente tutto, senza fiatare, senza proferir parola per gelosia deI silenzio. Il silenzio era, comunque, al corrente di tutto, e solo esso era detentore dei segreti, i nostri segreti.

Nell’acquario-patio, piccole sirene apprendiste si muovevano con grazia e delicatezza, impegnate nell’arte del ricamo. Una per volta si chinavano sulla loro Maestra, nostra zia R’Himo, perché potesse controllare, consigliare le loro opere e, come una badessa, con il capo e le mani, dare loro esaurienti spiegazioni.

Una luce magica entrava dall’alto deI terrazzo, illuminando tutto il patio, a far scoppiare dal ridere tutti i muri tappezzati di maiolica. Il silenzio così poderoso, così avvolgente, non poteva nulla contro le risate della maiolica né contro le nostre furbesche occhiate, in caccia di complici sguardi e coiti immaginari.

Sguardo incrociava sguardo. Sorriso sfiorava l’altro. Le sirene apprendiste si agitavano alla nostra presenza maschile senza turbare minimamente il silenzio né attirar l’attenzione della loro Maestra.

Il silenzio si faceva allora mena duro, ci strizzava l’occhio e si dava per compagno e complice alla nostra nobile impresa. Il silenzio divenne parola di seta appesa al filo di una civetteria tutta d’oro ed argento. Arrampicati sempre in alto sul darbùs, mio cugino ed io, incestuosamente, strofinavamo i nostri sguardi, come limoni contro il rame, su quelle forme così tenui, così dolci, così femminili. Le fanciulle apprendiste si erano accorte dei nostri intensi sguardi e, a gomitate consenzienti e compiaciute, aprivano il ventaglio di un gioco infinito.

La zia non si era mai accorta di questo dolce e immaginario traffico legittimo dei sentimenti, vecchio quanto la barba deI deserto, che spesso si trasformavano in torrenti d’amore lungo il sentiero deI silenzio.

* Corrimano in legno e ferro battuto.

Nota: Mohamed Hakim Akalay (1944-2010), che définisce se stesso come “italo-berbèro”, deriva  da una famiglia del Rif marocchino. Avendo optato per  la nazionalita italiana, pittore, scultore, fotografo, poeta e romanziere, questo créatore protéiforme vive e lavora a Spello, vicino a Pérugia, tormentato  dalla nostalgia di Tangeri, la sua città, e dell’Andalusia di cui i suoi antenati ne hanno fatto lo splendore, ma anche e soprattutto, al di là delle époche “bénedette”, con la miseria e la sofferenza – ma anche dignità – uomini e il mondo d’oggi, di cui  tutta la sua opera  testimonia con una bella ed una terribile acutezza.

Textes publiés avec l’amicale autorisation de l’auteur, 2006, Mohamed H. Akalay.

Illustration de tête : acrylique sur papier de l’auteur, collection particulière, V.L.

Tous droits réservés pour le texte en italien.
Tutti i diritti riservati per il testo italiano.

Grazie mille, vraiment merci à Sara/Sarah.

 

Publié en 2006 dans les pages ‘SensContreSens’ du site sous le clavier, la page.

On trouvera d’autres textes du même auteur ICI.

3 réflexions au sujet de “LA CASA DI ZIA R’HIMO / LA MAISON DE TANTE R’HIMO [MOHAMED H. AKALAY]”

  1. Un bain poétique de ce silence dont je m’efforce de faire choix dans cette époque si bavarde et (dés)informée. Ce n’est pas chose aisée d’accéder à la “soie”, au “velours” ténébreux de ses espaces.

    Et j’ai été d’autant plus touchée de lire ce texte que je me souviens du moment où il est mort, en 2010 alors que vous étiez en visite chez lui.

    Mais voici que sa voix nous reste.

  2. … mais, Noëlle, demeure cette ‘chose’ inouïe, du mystère de la mort…, la mort de l’ami, là, à mes pieds, la cage des canaris basculée, à ses pieds, le petit ‘caffé’ du matin sur le gaz… Et j’arrive moi, là, complice, victime, responsable de tout, de rien… Je suis là, en toute quiétude, en toute inquiétude…, la Croix-Rouge, les voisins, les oiseaux, le chien, … et infiniment moi, dans cette mort-là… Chose extraordinaire qui m’accompagne à jamais…, à mon ‘jamais’…

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