LA MARCHE DU TEMPS [RAINER MARIA RILKE]

 Niklaus M. Deutsch [1484-1530]
La Jeune Fille et la Mort

 

Wir sind die Treibenden.
Aber den Schritt des Zeit,
nehmt ihn als Kleinigkeit
im immer Bleibenden.

Alles das Eilende
wird schon vorüber sein ;
denn das Verweilende
erst weiht uns ein.

Knaben, o werft den Mut
nicht in die Schnelligkeit,
nicht in den Flugversuch.

Alles ist ausgeruht :
Dunkel und Helligkeit,
Blume und Buch.

 

Les Sonnets à Orphée furent écrits très rapidement par Rilke, entre le 2 et le 23 février 1922, au château de Muzot, dans le Valais, en Suisse. Ils sont dédiés à la mémoire de Wera Ouckama Knoop, fille d’une amie hollandaise de l’auteur, qui mourut à vingt ans d’une maladie incurable, en pleine connaissance de son destin. Très ému, Rilke, prolonge ici le thème de la jeune fille et la mort qui le préoccupe dès ses premières œuvres.

 

Les empressés que nous sommes.
Mais la marche du temps,
tenez-la comme rien
au sein du permanent toujours.

Tout ce qui est vitesse
ne sera que déjà passé ;
car c’est ce qui séjourne
qui seul nous initie.

Jeunesse, oh ! ne le jette pas
ton cœur dans la rapidité,
pas aux tentatives du vol.

L’obscur et la clarté,
la fleur comme le livre :
tout est repos.

 

Rainer Maria Rilke, Les Sonnets à Orphée, I, 22.,
Traduit de l’allemand par Armel Guerne,
Éditions du Seuil, Paris, 1972.

1 réflexion au sujet de “LA MARCHE DU TEMPS [RAINER MARIA RILKE]”

  1. Oui, plutôt que de courir ou se précipiter, laisser “infuser”… pensée très “taoïste” en fait… acceptation du processus qui nous conduit à notre terme, comme la “jeune fille” ravie par la mort… que la musique et le cinéma nous font aussi rencontrer.

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