LA PAGE DE TAREK ESSAKER

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ÉCOUTE LE CHUCHOTEMENT DU SILENCE

Écoute Maïa Chauvier

Écoute… Écoute, m’a-t-on dit.
Écoute… Écoute le chuchotement du silence et la parole frémissante qui vient de l’ombre et de son épaisseur !
Écoute… Écoute, m’a-t-on dit.
Écoute… Écoute la parole-énigme qui sèmera la vie et ordonnera le désordre.
Infatigable parole. Insoumise, elle respire pour encore frémir à l’appel de l’incertain.
Écoute… Écoute ton corps et ses signes, m’a-t-on dit, celui qui voit, entend et sait et ne garde de toi que l’étendue de ton absence.
Il demeurera un corps doux d’oubli, un fruit de mort.
Si, dans le miel de son désir, les formes ne te suffisent pas, alors ne le crie pas en vain.
Écoute… Écoute le peu de l’histoire qui reste de nous. Écoute la rencontre avec la voix qui ne te dispense pas de la plainte.
Et maintenant que tu le sais, que tu as écouté, que tu as marché dans la voie du récit et que tu n’oublieras pas mon visage et celui des autres, tu apprendras, comme l’eau, que ce qui t’attend ne sera ni l’ombre, ni la clarté, mais cette rencontre, cette passerelle d’où surgit brusquement toute chose soudaine, étrange et incertaine.
Écoute… Écoute, m’a-t-on dit, cette passion douce-amère qui te parle de toi-même et de ce que tu aurais pu être ou de ce qui fut toi. Il y a bien plus encore.
Écoute… Écoute, m’a-t-on dit, on est venu t’arracher à ton nom et auquel nul ne répond. Ton nom est une terre à venir et un rêve perdu qui vient battre les syllabes de l’existence.
Écoute et vois les passeurs de mots, ceux qui épient les deux rives de la question ; quelque chose sur leurs lèvres s’est égaré.
Dans les commissures de leur geste quelques signes errent jusqu’à la dissolution.
Écoute le miroir qui se tait et garde de toi le reflet de sa parole.
Que ton règne soit :
Chemin, visage, passerelle, chapelet, silence, voix et distance, désordre et sommeil pour que tu te souviennes.
Écoute… Écoute le visage qui frappe à ta voix pour que le chemin soit accompli pour toi.
Ici, sur cette passerelle, finissent les désirs inaccessibles, la parole impossible. Ici finissent l’insomnie de la folie et la présence de dieu. Tout finit ici.
Peut-être que l’exil glissera entre toi et toi ?
Peut-être que la nuit bercera ton jour et viendra sceller à tes rêves l’absence ?
Peut-être que ton corps t’indiquera les prénoms des désirs que tu fuis.
C’est alors que tu écouteras retentir en toi quelque chose à garder, telle une promesse d’éternité.
Et puis, il y a le temps. 

Tarek Essaker - Regard

ITINÉRAIRE D’AUTEUR

PUBLICATIONS

  • Des grilles parfumées de passé, poésie, c.a., Liège, 1989 (épuisé). ☞ LIRE+
  • Le suicide du poisson, poésie, éd. Tétras Lyre, Soumagne, 1991 (épuisé). ☞ LIRE+
  • Et le verbe dans tes mains, poésie, éd. Tétras Lyre, Soumagne, 1992. Réédition, éd. Tétras Lyre, Liège, 2019. ☞ À PROPOS | ☞ LIRE+
  • La prairie des inquiétudes, poésie, L’Harmattan, Paris, 1995.
  • Ô Gamra, drame-poème, éd. Caractères, Paris, 1997, réédition en format numérique, 2018. ☞ LIRE+
  • Quatrains, ouvrage collectif, éd. Tétras Lyre / Lettrimages, Liège, 1997.
  • Les cheminants, poème, HB éditions, coll. Antiopées, Forcalquier, 2006. À PROPOS | LIRE+
  • La Glaneuse, récits poétiques, éd. Le Mot Fou, Forcalquier, 2014. ☞ À PROPOS
  • Silence Silence, ouvrage collectif, dir. Marc Imberechts, Atelier Tétras Lyre, Liège, 2017. ☞ LIRE+
  • L’Anthologie 1988-2018, ouvrage collectif, 30 ans des éditions Tétras Lyre, Liège, 2018.
  • ☞ ACTUALITÉ+ | TRADUCTION | En cours, vers l’arabe : Les Cheminants – السّالكون et Le cheval de Mahmoud et moi – أنا وحصان محمود, par ☞ Ziad Ben Youssef, 2019-2020.
  • ☞ ACTUALITÉ+ | PUBLICATION | Voici le baiser de l’enfance, poème, à paraître, 2020.
  • ☞ ACTUALITÉ+ | PUBLICATION | Par Delà Nos Insoumises Figures, recueil de textes, en préparation, 2020.

ÉCRITURE/LECTURE, DRAMATURGIE, SCÈNE, MULTIMÉDIA

  • Ô Gamra, lecture, six mises en voix et en espace, Liège et Namur, 1997-1998, et lecture par José Valverde, Théâtre Essaïon, Paris, 1998.
  • Soirée Rimbaud, dramaturgie et mise en scène, L’Aquilone, Liège, 2000.
  • La vie comme elle va, dramaturgie et direction d’acteur : Théâtre Le Café, Bruxelles, Belgique, 3 juin 2005. Version pour voix off, festival international Voix de Femmes, Liège, Seraing, Bruxelles, octobre-novembre 2005. Forcalquier, lecture mise en espace, mars 2006. ☞ LIRE +
VIDÉO-CLIP | LA VIE COMME ELLE VA de Tarek Essaker | Réalisation Vincent Lefèvre | Diffusion par Archive.org. et bientôt par Vimeo et Framatube | Durée 2:47  
AUDIO | LA VIE COMME ELLE VA | Texte de Tarek Essaker | Version [intégrale] pour voix off | Interprétation de Maïa Chauvier et Julie Istasse | Durée 14:28   
Tarek Essaker - Les cheminants
  • Suite à la parution du livre Les cheminants, ateliers-lecture autour du drame qui en constitue la trame ; réalisation d’un spectacle, mise en voix : 1 musicien, 5 comédiennes et 1 comédien, Forcalquier, janvier-février 2006.
  • Adaptation et lecture de textes par la troupe de théâtre Balade sous Abat-jour, Cie Tout Samba’l, soutenue par la Drac et région PACA, le Conseil général des Alpes de Haute- Provence et la mairie de Forcalquier. Dans le cadre d’une résidence d’écriture à La Cimenterie à Forcalquier, mars 2006.
  • Composition autour de La Glaneuse, Maïa Chauvier, Julie Istasse, musique de Niko, Bruxelles, suivie de rencontres avec des cinéastes de Belgique, Pays- Bas, France, Sénégal… dans le cadre du festival Les exils, le Nova, Bruxelles, octobre 2006. 
  • Lectures de La Glaneuse, par Maïa Chauvier et Julie Istasse, entretien et débat avec Jacques Izoard à L’Aquilone, espace culturel, Liège, novembre 2006. Mise en espace pour voix off de La vie comme elle va, au théâtre El Hamra, Tunis, 2007.
  • Dramaturgie et mise en scène de La Glaneuse, par Sabra Ben Arfa, Compagnie Le Fenouillet, Montélimar, avril 2009.
  • Spectacle littéraire et musical, dans le cadre du Printemps des poètes, et à  l’occasion de la sortie de La Glaneuse. Trio Ioanes / Tarek Essaker, chansons / lectures, inspiré par les thèmes de l’exil, de la féminité, de l’errance, Banon, mars 2014.
AUDIO | 'La chanson d'Odomo' | Texte de Tarek Essaker | Musique et chant de Ioanes Vogele | Interprétation par le  Trio Ioanes | Durée 5:18 |  À PROPOS D''ODOMO'  

 

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