EN TOUTE LETTRE ET EN TOUTE MARGE DE MON ÉCRITURE [TAREK ESSAKER]

CELUI QUI DONNE…

Celui qui donne et nous fait savoir ses visions du monde, nous fait devenir avec lui. Il nous prend dans le bégaiement et le composé de ce qui passe par les mots, les sensations, les sens, les sons ou les pierres. Tout tient de langage, se sert des mots pour crier, chanter ou trembler. Le tout sollicite un tout à venir.

Il suffit de tordre le langage, le faire vibrer, l’étreindre, le fendre, l’arracher à ce qui manque, à la naissance, au passé, au reste et aux hasardeux cheminements.

Rien ne célèbre rien et tout se confie à l’oreille persistante de la souffrance renouvelée des hommes.

Tout sollicite tout et réclame luttes reprises. Il nous faut dissoudre les formes. Il nous faut de la puissance qui ne cesse de tirer sur le chaos et nous permet de s’en tirer à ce prix, celui du sensible, de la sensation et capable de rendre le monde habitable.

Que les hommes cessent de fabriquer des tentes qui les abritent, qu’ils déchirent le firmament pour que la bourrasque du chaos puisse faire du courant d’air aux sein des conventions qui les abritent.

Faire enthousiasme, faire infini dans l’ici-maintenant qui ne comporte rien de rationnel ou même de raisonnable.

Dans une même étreinte, des mouvements, des courbures, qui ouvrent et donnent sur un ailleurs, sur des ablations, des voisinages, des singularités, des corps qui représentent un souffle, un mouvement et un geste : juste un moment essentiel…

 

TOUT ESPRIT CRÉATEUR…

Tout esprit créateur est donc inévitablement amené à entrer en lutte avec ses démons, ces oppresseurs. C’est toujours un combat et une lutte, à la fois passionnante, douloureuse et magnifique. C’est toujours la démesure, le désir à surpasser, à atteindre l’infini idée de l’excès.

Que cela puisse être étrange, fiévreux, flamboie en pleine fougue où les corps sont mourants, où rien n’habite que ce qui se meurt.

Que cela soit plus déchirant, écartelé, plonge dans les abîmes, les profondeurs, fait surface sans repère objectif ni de destination voulue. L’horizon en mouvement, en infini aller retour se détournant de lui même.

Que cela nous donne à composer avec ce qui ce fait réel.

Qu’à la fois cela nous compose et nous décompose dans des variétés, affinités, sensations de variables motifs.

Que cela invente, donne à de-venir, affecte, prend, arrache, compose, fleurit, reprend, passe, donne à voir des couleurs, des sons, des bruits, des pas, des murmures, des feuilles, des fleurs, des bois, des filets d’eau, filet de mots où tout tient pour une langue ou des multitudes de langues comme un habitat, un habit, une étreinte, une sensation, une affection.

Le vent y est et y sera comme langue comme cri au bruit croissant d’une tristesse. D’une colère sourde. Celles de ce siècle…

 

JE T’ENVOIE CES FRAGMENTS…

À la trace des papillons, des cigales, des amandiers et de l’ombre des figuiers, au hasard des moments, je t’écris pour te dire la variété de douleur à conjuguer quand on vit seul, avec quelqu’un ou en famille. Sous la terreur . Que l’on rencontre l’univers ou le monde, les étoiles ou les aubes, toujours dénué de preuve, toujours à faire le saut, à faire le mur, tracer des pistes pour s’égarer. Combien d’exil en exil intérieur. Combien de choses à dire et d’autres à taire…

Je t’envoie ces fragments de pensées pour que tu lises dans les étoiles filantes du sud combien il m’est difficile de vivre, entre rêves et démons. Chose compliquée, triste et mystérieuse qui me prend souvent au cœur comme un cailloux…

Je viens de sous les cales aux esclaves. D’avec les colères des dominés, les visages striés de ceux qui ont faim et soif. Je traverse, trace, fait le saut, fais le mur, la mer, occupe, pense, creuse avec la rage et l’obstination des loups. Je viens des balafres de l’histoire. Tissu vivant pour faire vague, faire vivant, faire tambour d’avec les désirs les plus inattendus. Tissu vivant en éruption à faire éclore les désirs, les souffles les plus inattendus…

 

Tarek Essaker, Liège, le 28 octobre 2019. 

 

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