LA PARTANCE DE PHILIPPE JACCOTTET [TAREK ESSAKER]

À LA MÉMOIRE DE PHILIPPE JACCOTTET 

MOUDON, 30 JUIN 1925 – GRIGNAN, 24 FÉVRIER 2021

 

Vite, sans dire, sans penser, traverser un pré printanier, parsemé de pensées et de si frêles coquelicots en chemises dégrafées.

Le regard se pose, l’ouïe se dresse face à la rivière. En contrebas, son lit est d’une eau si vive, si claire comme si grave et si légère.

Vite, faites passer cette brise légère, inattendue, avant qu’une lenteur ne froisse sa beauté ailée.
Cela ne tient qu’à un minuscule murmure venu d’ailleurs.

Un ailleurs retrouvé par ce passant, passeur, ramassé sous quelques amandiers en fleurs.
Y aurait-il des choses qui habitent les amandiers !

Il se passe des choses, par les mots, les couleurs, les sons, les pierres et les rivières. Elles tiennent comme lieu de sonorité comme de langage des sensations.

Une langue étrangère dans la langue.

Comme une lumière bientôt oubliée.

Comme un jeune mur en fragments et débris, qui rejette la mort.

Ainsi s’éloigne vite le passant. Passeur.

Puisse-t-il, à défaut de lumière, dans ces lieux si vite envolés, trouver sentier plus doux. Y avoir paix et pousser porte sans trop de crainte, à chercher dans l’évidence du ciel.

Je le cite : “Parler donc est difficile, si c’est chercher… chercher quoi ?”

 

Tarek Essaker, le 27 février 2021.

POST-SCRIPTUM [lundi 1er mars 2021 à 11 h 50, en prolongement du commentaire de VincentSteven]

Voilà, j’ai retrouvé la photo prise un ou deux jours avant sa mort, tout près de chez moi. Le jour même où j’ai appris la nouvelle, j’ai lentement regardé la photo et je l’ai imaginé nous raconter ce qu’il y voyait…

Dans le sud de la Tunisie, pour accompagner un mort jusqu’à sa tombe, on raconte ce qu’il aurait pu lui-même nous raconter en cette circonstance.

C’est venu tout simplement, comme si c’était lui…

On lira aussi, à propos de Philippe Jaccottet, les nombreux billets qui lui sont consacrés ou qui l’évoquent : ICI

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3 réflexions au sujet de “LA PARTANCE DE PHILIPPE JACCOTTET [TAREK ESSAKER]”

  1. Quand l’Absent – à jamais, mais néanmoins indéfiniment présent – revient par le détour d’une autre voix parler de lui-même et de sa voix même. Merci Tarek de prolonger ainsi l’Ami-en-lecture depuis si longtemps, et avec tant de légèreté et d’émotion.

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    • Je suis tenté d’ajouter ceci, en réflection du POST-SCRIPTUM de Tarek :

      Si c’était la lumière qui tenait la plume,
      l’air même qui respirait dans les mots,
      cela vaudrait mieux.

      Philippe Jaccottet, Ce peu de bruits, Gallimard, Paris, 2008.

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Un commentaire, c'est sympa pour l'auteur.e … et c'est toute la vie du blogue ! D'avance, merci du vôtre.

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