LA ROUTE D’UN AMI [ARMEN TARPINIAN]

tarpinian-108x108L’homme assis devant un fruit mort, devant une poussière de foudre, l’homme assis devant lui-même, l’homme qui voudrait oublier l’eau, nier les rayons de l’attente, maudire le vin, sécher le sang, pulvériser la pierre avec sa tête, ne plus sentir ses mains, ses anciennes mains tissées de lumière, culbutées de souffrance, ne plus sentir sur ses épaules l’étau de l’air, au centre de son dos l’épée crispée de l’impossible, écoute en ses jambes alourdies l’appel du vide, la mort de vivre, les soifs éteintes qui dérivent, et avant que le sol ne s’ouvre sous lui — ou durcisse comme la paume épaisse d’un ami —, l’homme lève la tête vers un cœur qui bat, vers un visage sans tourment, vers deux mains claires qui cernent l’univers, rassemblent les hommes et incarnent la joie.

Armen Tarpinian, La route d’un ami, Revue Soleil, Alger, 1950.

Publié initialement dans les pages ‘Plurielles’ du site sous le clavier, la page, en octobre 2003.

3 thoughts on “LA ROUTE D’UN AMI [ARMEN TARPINIAN]

  1. Un Turc, qui était passé à Paris le temps du carnaval, racontait au sultan, à son retour à Constantinople, que les Français devenaient fous en certains jours, mais qu’un peu de cendre, qu’on leur appliquait sur le front, les faisait rentrer dans leur bon sens. (Louis Julien Larcher 1808-1865).

    Ce jour, c’est fin de carnaval, il faut ôter son masque. En cette province de Namur, on brûle le Bonhomme d’ Hiver, en Guadeloupe, on brûle Vaval, roi du carnaval, ces coutumes fréquentes symbolisent la purification des âmes.

    Certes, de nos jours, tout cela n’est peut-être pas d’une grande signification, faisons plutôt la route avec l’ami qui aidera à chasser les sombres pensées, il aidera à purifier l’âme, il aidera à retrouver la joie.

  2. Ce texte m’a donné à ressentir la lourdeur et les regrets des dernières années et ne saurait me laisser insensible. L’écriture a le poids du deuil et j’ai pensé à certains accents de Jaccottet quant à cette question.

    Mais il y a la lumière du lien, en toute solitude… et j’ajouterais celle de la mémoire.

Laisser un commentaire

*