LA TENTATION [PAUL CÉZANNE]

 

De ‘sensation’ à ‘tentation’, il n’y a qu’un infime glissement, un minuscule interstice à franchir, un saut de puce alphabétique.

Dans le sublime. Dans le sordide. La tentation.

 

10 réflexions au sujet de “LA TENTATION [PAUL CÉZANNE]”

  1. Vincent, vous ne pouviez trouver mieux que cette pomme que sa mystique “épuise” en la transsubstantiant,une pomme-monde.

    Et il y a plus : ce sublime de l’écart qui nous “épuise”, nous aussi, nous regardant, d’ailleurs, des rives lointaines de l’art.

    Et je me sens beaucoup d’affinités, avec D.H.Lawrence depuis toujours ou presque, avec Rilke plus récemment.

    Répondre
  2. Du ‘sublime’, à Noëlle,

    Le sublime est un départ.
    Quelque chose de nous qui au lieu
    de nous suivre, prend son écart
    et s’habitue aux cieux.

    La rencontre extrême de l’art
    n’est-ce point l’adieu le plus doux ?
    Et la musique : ce dernier regard
    que nous jetons nous-mêmes vers nous !

    R.M. Rilke, Vergers (poèmes en français).

    Répondre
  3. They call all experience of the senses mystic, when the experience is considered.
    So an apple becomes mystic when I taste in it
    the summer and the snows, the wild welter of earth
    and the insistence of the sun.

    D.H. Lawrence, Mystic, Last poems.

    Répondre
  4. Oui, je suis d’accord en fait et j’aime Cézanne, mais surtout dans ses paysages et la façon dont il “devient” ce qu’il peint ou la façon dont ce qu’il peint devient Cézanne.

    L’asociation “obscène”/sublime me fait un peu trop penser à Kant mais le “sublime” freudien comme “destin de la pulsion”, je l’accueille…Mystique? sans doute. Encore faudrait-il dire laquelle? Laïque, sauvage, peut-être, elle me concerne, je pense. Etablir ces distinctions demanderait que l’on “s’y colle” longuement!

    N.

    Répondre
  5. Utile peut-être de reprendre ici la citation de Peter Handke, tirée de La leçon de la Sainte Victoire, qui ‘justifie’ l’illustration par une reproduction du tableau de Cézanne (que de précautions !)

    Cézanne, comme on sait, n’a peint d’abord que des sujets effrayants comme la tentation de saint Antoine. Avec le temps, son seul problème cependant, ce fut le “réalisation” de l’innocence et de la pureté terrestres : la réalité, c’est donc l’accès à la forme et celle-ci n’est pas regret de ce qui est anéanti par les alternances de l’histoire, mais elle transmet, dans la paix, ce qui est. — Dans l’art, il ne s’agit de rien d’autre. Or cela même qui fait la vie fait problème quand on veut le transmettre.

    Répondre
  6. Chère Nöelle, j’adhère aussi à vos ‘seins…’ – manière de dire -, pour le reste (?), je ne vois pas ce qui pose problème dans l’intercession (ou la brêche). Pour moi, le glissement progressif du plaisir est trop grand, je n’y résiste pas. Et je maintiens et le ‘sublime’… et le ‘sordide’. Je ne pense pas être là très loin de la ‘vision’ de jeunesse de Cézanne. D’où cette ‘illustration’… Voir le commentaire précédent.

    Répondre
  7. Chère Gertrude, j’adhère à votre propos – certes, je ne prendrai pas pour autant la carte – mais je maintiens que, ‘sémantiquement’, je n’ai mis là qu’une ‘illustration’, une ‘icône’. Que cette ‘image’ évoque, représente un tableau de Cézanne, c’est la raison même pour laquelle je l’ai choisie…, mais le tableau est ailleurs – pas ici, pas chez moi, hélas ! Je ne réduis pas le tableau à son iconographie et quel est-il, par ailleurs, si j’abstrais sa ‘matière’ ? Le motif, la matière…

    Pour éviter tout malentendu, mon propos n’illustre pas le tableau de Cézanne ; j’ai choisi l’illustration ensuite me souvenant de la citation de Handke en exergue de mon ‘Cézanne et quelques-uns…’ qui, elle, me semblait bien illustrer mon propos.

    Quant à Didi, il me titille toujours bien positivement…

    Et quant au ‘sublime’, on y reviendra…

    Répondre
  8. Blague à part, votre article me gratte et me tente : vous utilisez le terme d’illustration pour qualifier la reproduction d’un tableau de Cézanne dont vous accompagnez votre texte ; déformation professionnelle sûrement, je perçois en premier cette image, non pas en tant que « Tentation de Saint Antoine », ce qui la réduirait à son iconographie et à sa référence littéraire, mais en tant que peinture et, qui plus est, peinture de Cézanne, c’est à dire bien plus peinture que sujet, une peinture dans toute son autonomie (celle de « l’effet de pan » évoqué par G Didi Huberman ) ; à mon humble avis l’oscillation sémantique dont vous parlez se situerait justement dans ce basculement de la peinture à n’être que peinture au détriment du motif, peinture qui faisait tant souffrir Cézanne autant qu’elle le transportait d’extase, (il en détruisait un très grand nombre ; certaines ont été découvertes au fond de son poulailler dont elles bouchaient les trous), peinture sublime mais dont le sublime, bien peu mystique si ce n’est dans cette mystique de la matière, est aussi à chercher du côté du sens freudien de « sublimation » quand on sait comment le peintre peignait ses baigneuses … et avec quels modèles .

    Répondre
  9. Pour aller de sensation à tentation, il faut s’élever des seins aux saints! Saut de puce ou “assomption” ?

    Mais le sublime m’ennuie, du moins sa connotation mystique.

    Alors? Inventer une “seintasion” pour sortir du piège et qu’un mot tiers fasse brêche dans la dualité¿ Chemin de traverse au-delà du saut. Que la puce y flâne, oublie de sauter et de piquer.

    Répondre

Un commentaire, c'est sympa pour l'auteur.e … et c'est toute la vie du blogue ! D'avance, merci du vôtre.

EXCENTRIC-NEWS | Consultez la POLITIQUE DE CONFIDENTIALITÉ et LE PORTAIL, MODE D'EMPLOI

EXCENTRIC-NEWS