L’ATTENTE L’OUBLI [MAURICE BLANCHOT]

Il est des livres dont on aimerait parler ; on ne peut que les lire. 

Au fil des pages filent, se filent les pages dans l’attente oubli. Entre attente oubli. Entre Elle Lui. Quand tout (se) passe. Quand rien ne (se) passe. Ce rien plein, espace mort vif s’attachant attente oubli. Et vient, cantique des cantiques, l’ultime page, anamnèse, en sa plénière beauté. Comme le mot fin, à la fin du film, à la fin du livre, en marge du tableau. Et je pense au peintre, celui-là précisément : Attente Oubli. Justement. 

 

 

 

“Lorsque je me tiens devant toi et que je voudrais te regarder, te parler…” — “Il la saisit et l’attire, l’attirant hors de sa présence.” — « Lorsque je m’approche, immobile, mon pas lié à ton pas, calme, précipité…” — “Elle se renverse contre lui, se retenant se laissant aller.” — “Lorsque tu vas en avant, me frayant un chemin vers toi…” — “Elle glisse, se soulevant en celle qu’il touche.” — “Lorsque nous allons et venons par la chambre et que nous regardons un instant…” — “Elle se retient en elle, retirée hors d’elle, attendant que ce qui est arrivé arrive.” — “Lorsque nous nous éloignons l’un de l’autre, et aussi de nous-mêmes, et ainsi nous rapprochons, mais loin de nous…” — “C’est le va-et-vient de l’attente : son arrêt.” — “Lorsque nous nous souvenons et que nous oublions, réunis : séparés…” — “C’est l’immobilité de l’attente, plus mouvante que tout mouvant.” — “Mais lorsque tu dis “Viens” et que je viens dans ce lieu de l’attrait…” — “Elle tombe, donnée au dehors, les yeux tranquillement ouverts.” — “Lorsque tu te retournes et me fais signe…” — “Elle se détourne de tout visible et de tout invisible.” — “Se renversant et se montrant.” — “Face à face en ce calme détour.” — “Non pas ici où elle est et ici où il est, mais entre eux.” — “Entre eux, comme ce lieu avec son grand air fixe, la retenue des choses en leur état latent.”

Maurice Blanchot, L’attente L’oubli, Gallimard, Paris, 1962.

Edward HopperExcursion into Philosophy, 1959, coll. part.

2 réflexions au sujet de “L’ATTENTE L’OUBLI [MAURICE BLANCHOT]”

  1. En effet, Noëlle ! Par ailleurs, ne vous méprenez pas quant à mon utilisation du terme ‘anamnèse’. Aucun sens clinique ici. Simplement la ‘racine’ grecque : ‘souvenir’ ; je préférerais ‘réminiscence’. Entre attente et oubli. Peut-être faudrait-il, d’ailleurs, re-lire le livre en rétrogradant. Et la pure notation finale : “Entre eux, comme ce lieu avec son grand air fixe, la retenue des choses en leur état latent.”

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