LE CHEMIN [NOËLLE COMBET]

Ce chemin que je vais faisant
ce pendant il me va faisant ;
j’ajuste mon souffle à son rythme,
épouse du pied ses courbures ;
ses flaques largement reflètent
éclats des rêveries
que mes mains, de ci, de là,
ont, à grand joie cueillies,
accordées au tissu
de vie réalisée
en heurs bons ou mauvais,
en souci d’humanité,
et en (dés)espoir de causes.
Suis tombée dans ses ornières,
me suis relevée à douleur :
par deuils ma vie fut très tôt pétrie…
En ai fait chemin de ronde
pour voir venir dans les lointains
formes amies et ennemies.
En ai fait chemin de table
à vivre d’hospitalité.
Y ai cousu frissons de soies
dans les amours.
Enfants rieurs m’accompagnant
y ont bravé des écorchures
et récolté moult fleurs et mûres.
Souvent, il m’a voulue voleuse
volant vers bouquets chimériques
et rêves, rivières arc en ciel.
Dans mes fugues il s’est offert
en errance buissonnière.
Et puis il disparaissait
me logeant dans le vide.
Lors que je l’avais perdu,
un temps goûtais son absence,
en vastitude des espaces.
Puis l’infini, ne me contenait plus ;
adonc me refaisais chercheuse,
me lançais à le retracer.
Le voilà devenu tortueux
tandis que mon corps s’alourdit.
D’un coup, mon présent devient passé.
Et le chemin rejoint
en spirales
obscures nuées
de neige noire.
Je sais bien que là-bas surgira l’indicible
qu’aurai si souvent pressenti
sans qu’en vienne jamais l’étreinte.
Ce chemin que je vais faisant,
désormais, il va me défaisant.
N.C.
Si vous avez faict vostre proufit de la vie, vous en estes repeu, allez-vous en satisfaict. […]
Si vous n’en avez sceu user ; si elle vous estoit inutile, que vous chaut-il de l’avoir perdue ?
Montaigne, Essais

 

Bassedance 7 [Anonyme]

Extraite de MUSICQUE DE IOYE
Appropriée tant a la uoix humaine, que pour apprendre  sonner Espinetes 
Violons & fleustes. Auec Basses Danses, eleues Pauanes, 
Gaillardes, & Branles…
Composées par diuers aucteurs Musiciens tresparfaictz
& excellents, en leur siecle.
On les uend à Lyon chez Iacques Moderne dict grand Iacques.
[Lyon, vers 1550]
Interprétée par
HYSPÉRION XX
direction : Jordi Savall
Enregistrement effectué à l’église de Nenzlingen, Suisse,
en janvier 1978, par Thomas Gallia.
AUVIDIS

Le chemin a paru initialement dans les pages
du blogue de Noëlle Combet en janvier 2009.
Illustration extraite de l’Atalanta fugiens de Michael Maier,
ouvrage imprimé à Oppenheim en 1618.

9 réflexions au sujet de “LE CHEMIN [NOËLLE COMBET]”

  1. Tout cheminement est une quête initiatique…, alors ce vieil ouvrage ésotérique… ! Quant à la bassedance, elle pourrait bien servir de support au poème.

    L’illustration me rappelle une anecdote taoïste : Un vieux moine aveugle chemine nuitamment une lanterne au bout du bras. Que vous sert cette lampe, Maître, lui demande un novice qui le croise, vous, qui êtes aveugle ? – À moi, rien… mais d’autres pourraient me heurter.

  2. J’apprécie beaucoup l’anecdote taoïste: une lampe, non pour éclairer les pas, mais pour dessiner les contours de qui la tient.
    Une sauvegarde personnelle, en quelque sorte !

    Quant à Atalante… enfin vaincue à la course par Hippomène qui sut semer devant ses pas trois pommes d’or au moment où elle le rattrapait.
    Déjà la pomme… et une course qui, ainsi, trouve son opposé : l’arrêt… comme le silence, dont on sait qu’il est d’or, entre les mots.

    Ainsi, cheminant, peut-on courir et faire halte aux auberges dans une quête initiatique toujours ouverte.

  3. Oui, la lanterne… Peut-être, aussi, métaphore : moi, dans la part aveugle de la connaissance, je t’éclaire, toi dans la nuit de l’ignorance, afin que tu me distingues et viennes à la rencontre de ‘ta’ lumière… La ‘dialectique’ du maître et de l’élève… Encore une fois…

  4. “Le maître et l’élève”, l’un éclairant l’autre.

    Dans l’illustration, le maître éclaireur est aveugle : Tirésias, Oedipe…il a donc aussi besoin d’être “éclairé”.

    Cette illustration est très suggestive : le long chemin parcouru à l’arrière et les traces profondes, juste derrière Atalante : failles dans la terre “contrepied” du souffle vaporeux du vêtement.

  5. Cette lumière est-elle donc obnubilée ou obnubilante? La fulguration aurait voilé, obscurci la fuite, la course de cette Atalante qui se voulait invincible mais qui trouva son “maître” en Hypoménée, les pommes d’or (donc fulgentes) servant de “lien” et de “limites” en même temps ?

    Il y a finalement beaucoup à méditer dans cette reproduction et les lectures mi vraies mi fausses et donc toujours un peu vraies qu’elle induit.

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