LE DIVIN REMÈDE DU DOCTEUR MOZART

mozart-lange-250-281Une après-midi tourmentée — pas seulement météorologiquement — d’un dimanche d’octobre 1969, écoutant dans ma chambre d’étudiant La tribune des critiques de disques, émission à controverse de la troisième chaîne de la radio nationale, l’actuelle France Musique, le choc fut grand en entendant le Concerto pour piano, n° 24 en ut mineur, KV 491 de Mozart interprété par Edwin Fischer, dirigeant le Philharmonia Orchestra depuis le piano, dans un enregistrement datant de 1937, et plébiscité — ô rareté ! — par l’ensemble des critiques présents.

Depuis, le 24e, ainsi que le 20e en ré mineur, KV 466, sont restés mes inséparables “compagnons des mauvais jours”, d’abord dans l’enregistrement vinyl repiqué du disque 78 tours/mn d’Edwin Fischer, puis à partir de 1987, avec ta réédition en CD d’un 33 tours/mn de 1960, dans la magnifique, très pure et très sensible interprétation qu’en ont donnée Clara Haskil* et l’Orchestre des Concerts Lamoureux sous la direction de ce grand découvreur que fut Igor Markévitch.

Je ne peux me priver du plaisir de donner à écouter ici le superbe deuxième mouvement Larghetto du Concerto n° 24, tout dédié au piano avec une intervention discrète des cordes et un élégant soutien des vents, dont la limpidité, la sérénité, voire le caractère songeur, apparaissent comme des contrepoints à la sombre agitation de l’ensemble de la composition qui évoque cette musique des ténèbres qui me semble révéler la face cachée de celui que l’on nomme un peu trop facilement “le divin Mozart”. Dialectique de la vie et de la mort**, comme de toute autre manière dans le Don Giovanni.

W.A. Mozart, Concerto n° 24 en ut mineur, Larghetto 7:14
Clara Haskil & Orchestre des Concerts Lamoureux.
Direction Igor Markévitch, Paris, 1960.

L’enregistrement de Clara Haskil, qui demeure une référence au sein d’une discographie importante et remarquable, est régulièrement réédité et se trouve au catalogue Philips Classics.

 

* Clara Haskil est née à Bucarest en janvier 1895. Pianiste “prodige” très jeune, elle donne des concerts avec son compatriote Georges Enesco, Eugène Ysaÿe et Pablo Casals ; elle vit ensuite près de Marseille qu’elle quitte, fin 1942, pour s’installer à Vevey, en Suisse, et, au faîte d’une carrière internationale, collabore très activement avec le violoniste belge Arthur Grumiaux. Elle meurt accidentellement à Bruxelles en décembre 1960.

** On trouvera quelques pistes de réflexion personnelles sur la relation de l’artiste à la mort, notamment chez Mozart et Bonnard, dans Cézanne et quelques-uns, cet autre regard.

Illustration : Joseph Lange, Mozart, 1782-1783, 34,6 x 29,7 cm, détail, Salzbourg, Mozart Museum.

 

Publié initialement dans les pages ‘Lectures en partage / PlurIelles’ du site sous le clavier, la page, en octobre 2003.

2 réflexions au sujet de “LE DIVIN REMÈDE DU DOCTEUR MOZART”

  1. Oui, la musique est un remède, divin, avec effets secondaires doux. Hier, pour moi, ce n’était pas Mozart, le Docteur, mais, je vous raconte :

    Joie, tristesse, la musique accompagne, la musique emporte.

    Hier soir, un concert, Jacques Mercier dirige l’Orchestre National de Lorraine, le virtuose est le violoncelliste Gautier Capuçon, les artistes sont une centaine.

    Igor Stravinski entre en scène, Feu d’Artifice pour orchestre(op.4) fantaisie composée à l’occasion du mariage de la fille de Rimski-Korsakov, la musique explose, joie.
    Suit, Dmitri Chostakovitch, Concerto n°2 pour violoncelle et orchestre en sol majeur(op.126). Le compositeur est à Yalta, victime d’un infarctus, il se repose au sanatorium. Le violoncelle de Gautier Capuçon nous emporte, solitude.

    Pause – Sergueï Prokofiev, Roméo et Juliette, des extraits des suites d’orchestre, de Juliette enfant à la mort de Juliette, concert et opéra, magique, tragique.

    Déjà la fin! rappel, rappel, rappel, deux heures ici, deux heures ailleurs.

    Joie, tristesse, la musique accompagne, la musique emporte.

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