LE PRISONNIER LIMPIDE [JEAN SÉNAC]

 

Le pain nu brise le bois sanguin
l’eau fière délie les gorges d’alouette
nous conjuguons l’amour du présent temporel

Raison raison creusée au mur d’incertitude
à la pointe de l’ongle
le temps des étangs graves
s’achemine à travers
les nuages inquiets
les aigles innocents

Déjà tu revendiques
l’éveil du bouton d’or
l’olive matinale
ta main suit la stellaire
au comble d’infortune

Mais nous multiplions
camarade du plein de l’aube
debout sur ton refus

Nous irriguons le droit
nous justifions la source
les oiseaux et les fleurs veillent sur ton désir
route d’ombre ton corps éblouit l’impossible
nous objectons plus loin
un feu de transparence

Soleil
sous ta paupière
un délit de printemps

Jean Sénac, Soleil, n° 1, Alger, 1950.

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