LIVRAISON DU JOUR [G.C. LICHTENBERG]

 

On connaît encore Georg-Christoph Lichtenberg [1742-1799], qui fut philosophe, mathématicien et astronome, par ses aphorismes et aussi en tant que ‘rassembleur’ des pièces et morceaux épars qui constituent les ‘Voyages et aventures de Charles Frédéric Jérôme Baron de Münchhausen”, dont s’est, librement et excellement, inspiré Terry Gilliam dans son film “Les Aventures du Baron de Münchhausen” (esprit des Monty Python oblige !)

On connaît aussi mon goût pour les aphorismes et pour les livres (ce qui n’est pas contradictoire). Encore faut-il admettre qu’un livre, un vrai, exige un auteur (un vrai), un lecteur (un autre vrai), et qu’il n’est pas seulement un ensemble de feuillets imprimés et reliés avec plus ou moins de soin. Ceci dit, allons-y gaiement ! À vous, mon cher Lichtenberg ! 

Côté auteur. 

La préface pourrait être intitulée le paratonnerre.

Il y a bien peu de gens qui ne croient, en lançant leurs livres dans le monde, que chacun va quitter sa pipe, ou l’allumer, pour se mettre à les lire. Qu’un tel honneur ne me soit pas réservé, je ne me borne pas à le dire, ce qui serait trop facile, mais je le crois, ce qui est déjà un peu plus difficile et doit être appris par expérience. L’auteur, le compositeur et le prote d’imprimerie, le censeur, peut-être aussi le critique, s’il le veut bien, liront mes livres : en tout cinq personnes sur des milliers de millions.

Lire, c’est emprunter ; lorsqu’on en tire du nouveau, c’est rembourser sa dette. Si par hasard on utilise quelque peu une idée d’un autre, tous les critiques se mettent à crier : Au voleur ! Cela me rappelle ce qui se passe quand un gamin s’est hissé derrière une voiture ; tous les autres, qui n’ont pu avoir cette joie, crient au cocher : Il y a quelqu’un derrière !

Au reste, c’est dommage que chez les écrivains on ne puisse examiner l’intestin intellectuel, pour reconnaître ce qu’ils ont mangé.

Car, le seul défaut des ouvrages remarquables, c’est qu’ordinairement ils en suscitent beaucoup d’autres, qui sont mauvais ou médiocres.

Côté lecteur, pour en terminer, et plus laconiquement. 

Quand un livre et une tête se heurtent, et que cela sonne creux, le vide est-il toujours dans le livre ?

Un livre est un miroir ; quand un singe regarde dedans, ce n’est pas un apôtre qui peut apparaître.

Citations extraites de la préface des “Voyages et aventures de Charles Frédéric Jérôme Baron de Münchhausen”, transcription de Charles Henri Favrod selon le texte allemand et la version de Hilaire le Gai, F. Rouge & Cie S.A., Librairie de l’Université, Lausanne, 1952.

1 réflexion au sujet de « LIVRAISON DU JOUR [G.C. LICHTENBERG] »

  1. J’aime beaucoup ; qu’il n’y ait pas de propriété intellectuelle rentre en résonance avec un texte déjà écrit mais que je ne publierai sur le blogue que plus tard, à propos du livre de Y. Citton : “L’avenir des Humanités. Économie de la connaissance ou cultures de l’interprétation”.

    L’idée d’emprunt y apparaît dans l’éclatement de “interprétation” en “inter-prêt”.

    Et l’humour de Lichtenberg pimente la sauce.

    Répondre

Répondre à Noëlle Combet Annuler la réponse.

EXCENTRIC-NEWS | Consultez la POLITIQUE DE CONFIDENTIALITÉ et LE PORTAIL, MODE D'EMPLOI

EXCENTRIC-NEWS