L’ŒIL, LE REGARD [PHILIPPE JACCOTTET]

L’œil :
une source qui abonde

Mais d’où venue ?
De plus loin que le plus loin
de plus bas que le plus bas

Je crois que j’ai bu l’autre monde

Qu’est-ce que le regard ?

Un dard plus aigu que la langue
la course d’un excès à l’autre
du plus profond au plus lointain
du plus sombre au plus pur

un rapace

Philippe Jaccottet, extrait de Airs (Oiseaux, fleurs et fruits), 

Poésie, 1946-1967, Gallimard, Paris.

D’une fine série, ces deux courts poèmes, ici enchaînés, se succèdent comme le regard, ce rapace, succède à l’œil, à sa source, comme du plus sombre au plus pur, d’ombre(s) une nuit abonde et s’illumine, comme de l’autre monde, la langue, ce dard encore, se souvient d’une saveur, bue. [À La Très Catholique, dans cette religion-là].

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