MARINE [JEAN LEVANTI]

epaveMarine fut écrit par Jean Levanti en 1937 et publié, grâce à Jean Denoël, par la revue Soleil, à Alger, en 1950.

Je reprends ici ce que nous disait alors la revue.

Michel Levanti, né à Venaco (Corse) le 24 octobre 1916, est mort le 13 novembre 1941 à Ruines, dans le département du Cantal. Il a publié aux Feuillets de l’Ilôt  un petit recueil : Feuilles de vent et laissé des inédits qui seront réunis un jour.

Jean Denoël nous rappelle qu’André de Richaud écrivait : “Il y avait chez Michel Levanti un étrange mélange de jeunesse et de maturité”. Il s’amusait beaucoup de ces “deux hommes”, dont parle Racine, qu’il sentait en lui. L’un était encore mêlé aux songes enfantins et l’autre déjà tiré par les cordes du ciel. C’est celui-là qui a cédé le premier.

On trouve à ce jour des écrits de Jean Levanti chez cet inestimable éditeur-révélateur qu’est Rougerie.

MARINE

C’est qu’on peut s’endormir au milieu des épaves…

Par le rire et la main conduit chez les faussaires
On trouve beaucoup d’or que la mémoire lave
En déposant le sang la sueur de la terre
Coule jusque là où la fièvre balance
Entre les traits de sel qui marquent la cadence

C’est au bas de la pente où la marée attend
Et large avec sa colère calme et le vent
Soulève les cadeaux par la coque de nerfs
On les voit un moment avec les bras en l’air
À peine l’instant haut de la mer qui respire

Puis soufflant dans son flot blessant ce qu’elle attire
L’eau plane se gonfle et recommence incapable
de reprendre chaque épave à son repos de sable

La mer va, recomptant le mouvement des quilles…

Jean Levanti, revue Soleil, Alger, 1950.

Publié initialement dans les pages ‘Lectures en partage / Plurielles’ du site sous le clavier, la page, en janvier 2009.

Photo : Épave, Licence Commons Wikimedia.org

P.S. : Ce poème n’est pas une anticipation sarcastique et métaphorique du règne d’un prétendu bleu marine, qui se porte assez bien par le temps qui court. Mais, pour nous, la mer, à l’image de la démocratie vraie, offre de ces libertés que jamais aucune déferlante brun marine ne balayera.

[Printemps 2017]

6 réflexions au sujet de “MARINE [JEAN LEVANTI]

  1. J’ai beaucoup trop d’attachement aux bateaux pour que les épaves ensablées, envasées, me laissent indifférent. La mer douce et cruelle n’a de pitié pour ces coques blessées et les martyrisera, du flux et du reflux, jusqu’à la mort.

  2. Moi, qui n’ai guère le pied marin, j’ai cependant le souvenir, enfant, d’avoir joué sur les épaves de péniches en bois pourrissant dans le bassin du Grand Large, que tu connais, tandis que mon grand-père pêchait à deux pas de là…

  3. Marins et mariniers
    Bateaux et péniches.
    Le marin salé n’a que peu de commisération pour son homologue d’eau douce et son…
    il a même mal à dire marin et bateau ! Ces gens là ne croisent pas sur les mêmes eaux.
    Pour avoir connu ces deux mondes, je sais que la poésie de l’un n’est pas celle de l’autre, mais, terrien avant tout, je dirais que le charme de l’une, vaut bien celle de l’autre.

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