MONSIEUR CHARDIN

Monsieur Chardin aux bésicles, je vous dois deux choses en une, qui m’attachent à vous, intimement. Rebondissant, si j’ose dire, sur Rembrandt, vous installez par l’autoportrait, l’homme sensible — celui de Diderot, par exemple — dans la modernité picturale. Et, par là même, vous faites sentir, si j’ose encore dire, la place, au centre, que cet homme, en ce 18e siècle frémissant, est en train de prendre dans le monde. Homme entre les hommes. Monsieur Chardin aux bésicles, il y a un humanisme bien concret, bien sensible dans votre humanité. C’est ce qui me plaît et me touche en vous. À vous revoir donc, vieux parisien, loin de ce Louvre où vous demeurâtes, en votre nouvelle maison d’Orléans.

Jean Siméon (dit Jean-Baptiste) Chardin, Autoportrait aux bésicles, 1771, Musée des Beaux-Arts d’Orléans.
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18 réflexions au sujet de “MONSIEUR CHARDIN”

  1. Je vous parlerai aussi, quelque jour, de Joé Bousquet, symboliquement voisin de Machado ici, figure absolument emblématique. Une histoire toute personnelle qui a également aboli la notion absolue du Temps pour moi. Bousquet est le surréaliste négligé (sacrifié ?) qui me fait encore surréaliste. Sa rencontre, due au hasard objectif, avec Max Ernst est une magnifique et atroce histoire comme seul notre 20e siècle de guerres, de massacres et de désastres pouvait en inventer.

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  2. Vous tirerez vos conclusions quand vous aurez exploré les blogs d’un vieux reste Humain et Vaniteux.
    Vos textes sont beaux; moi aussi, j’aime les ponts de Paris; je vois briller non pas un anneau d’or mais une “lampe au bec d’argent” à la surface de la Seine.

    Belle nuit, Vincent.

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  3. Étonnant. Tandis que je vous écrivais, je regardais, sans la voir, la photo de Machado, en regard de ce texte, et il m’a fallu un moment pour appréhender le drame épouvantable de cet homme de vitalité, venu mourir lamentablement dans le camp de réfugiés républicains espagnols d’Argelès. Un abandon de vie. Un désespoir absolu. Au même moment, un de mes meilleurs amis y naissait dans ce même camp. De manière certaine, il a repris en main ce que Machado a laissé tomber de la sienne. La vieillesse, la mort, la destinée (ce que l’on nomme telle) ?!

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  4. Ne méditez pas trop sur la vieillesse, c’est réalité qui, même la vivant, nous échappe. Il est vrai que l’homme a un regard plus rétrospectif que projectif : il s’intéresse beaucoup à une genèse, la sienne, celle du monde, qu’il a dépassée – et sans doute oubliée, et reste, littéralement, stupide face à l’idée de la (sa) mort. J-B Pontalis écrivait, en substance, que l’homme sait sa mort inéluctable et vit comme si elle n’existait pas. C’est peut-être, d’ailleurs, ce qui lui permet encore de trouver le goût de vivre…

    Peut-être.

    À vous retrouver bien vivante.

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  5. Peut-être trouverez vous quelques modestes lambeaux d’autoportraits au fond des orbites sombres de Gertrude pour alimenter votre cabinet de curiosités.

    Je m’en vais méditer sur la vieillesse.

    Merci de votre réflexion.

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  6. Oui, en effet. C’est vrai que l’on enferme trop souvent Hokusai dans ses vagues et ses vues du mont Fuji. Vous trouverez, à la page ‘naitre vieux !’ de la rubrique ‘chemin faisant…’ de mon site ‘sous le clavier, la page’, une réflexion sur la vieillesse qui doit beaucoup à Hokusai et à Bazaine.

    Comme vous, je suis fasciné par les autoportraits ; j’y suis vaguement venu dans mon ‘Cézanne et quelques-uns, cet autre regard’ et je pense y revenir notamment à travers un travail sur Edward Hopper. Mais ceci est une autre histoire.

    Bonsoir.

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  7. On retient souvent les vues du mont Fuji, mais connaissez-vous cet autoportrait d’Hokusai à 83 ans empreint de gaité et d’espièglerie, la même que l’on voit briller dans l’oeil de Chardin?

    Je vois aussi le portrait d’un acteur, jouant le rôle d’un moine qui tient dans sa main un crâne…

    Là c’était un clin d’oeil pour Gertrude.

    Bien à vous, Vincent (comme Van Gogh)

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  8. Oui, la peinture de Chardin est un vrai bonheur de peinture. Je ne sais pourquoi, je vois en l’homme le pendant d’Hokusai. La phrase de Diderot est superbe, merci de me la faire découvrir.

    Bonne soirée.

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  9. Me voici un peu perplexe…cela devait bien m’arriver ! je ne sais que comprendre par cette expression:la manière dacquienne ?…

    Si vous vouliez bien m’éclairer et me pardonner pour cette lacune…

    Hécate

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  10. ‘… arménien par l’indignation’ : il me semble que Canetti écrit quelque chose de semblable quelque part. Me plaît beaucoup cette idée d’infléchissement et d’orientation de R. Alexis. Puissante est pour moi l’image du bras de la boussole qui amène la main du destin à infléchir l’index qu’elle tend dans la nouvelle direction que prend le cours des choses. Je réfléchis à la manière clairement dacquienne d’exprimer cela.

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  11. Vous me citez Wilde (en anglais, mais mon anglais est loin…) il s’agit de “L’éventail de Lady Windermere”; l’éventail évente plus loin si j’ose dire, car le poème de N.Lygeros que je ne connaissais pas, ni l’auteur, par une curieuse coïncidence, je découvre qu’il “est arménien par l’indignation”, cela me renvoie à l’écrivain Daniel Arsand dont je commente les romans sur mon blog, et dont le père était un rescapé du génocide arménien justement… Qu’en pensez-vous ? Hasard ? Décidemment les rencontres sont étonnantes… “C’est un lieu commun de prétendre que certaines rencontres infléchissent le cours d’une vie, l’orientent dans une direction jusqu’alors insoupçonnées”. (R.Alexis. La Robe)

    votre Hécate

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  12. … vous avez dit ‘culture’ ?! Oh, sachez qu’en ce domaine je n’ai nul souci ni du revolver ni de la confiture. La Culture, the Culture, die Kultur…

    Guide de la passion

    À cette époque
    Où l’oubli n’avait plus de nom
    Il fallut que certains guident la passion.

    Les hommes ne savaient plus
    Ce que signifiait douleur
    Ils étaient morts.

    Mais la petite magicienne
    Ne cessait de mourir
    Pour montrer le bleu

    Là-bas vivait l’océan.

    N. Lygeros

    Traduit du grec par A.-M. Bras.

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  13. En effet ! Il est vrai que mes ‘affinités électives’ s’affichent, au fil du temps (ou d’Archal, au gré), de plus en plus, à la fois, ouvertes et sélectives. Je hais la bêtise et la médiocrité. J’aime une certaine élégance d’être, l’intelligence sensible. S(ine)Nob(ilitate).

    ‘We are all in the gutter, but some of us are looking at the stars.’ (O.W.)

    À vous lire encore.

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  14. Nous avons quelques “affinités électives”… du reste le dialogue avec vous est ouvert, car “Grand est le pouvoir de l’heure favorable” (Hölderlin). Je crains de n’avoir toute votre culture, je n’ai essentiellement que ma passion pour guide et le hasard… Je vous ai répondu à propos de Goethe sur le fil d’archal avec plaisir.

    Bien à vous.

    Hécate

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  15. Eh oui ! Dans ses premières pages, évoquant sa rencontre avec la ‘réalité muséale’, Comte Sponville, même époque, culture voisine, âge contemporain, fait résonner/raisonner en moi des ‘choses’ qui maintenant me font sensiblement vieillir. Heureusement, je pense que de plus jeunes éprouvent des ‘choses’ comparables. Je les vois ainsi ci et là… et je les ‘bénis’ – quel sale mot – du cœur et de l’esprit réunis, de l’intelligence sensible.

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