NOTRE HAKIM… LE CONTEUR… [TAREK ESSAKER]

Notre Hakim… le conteur… aurait pu nous en narrer plus…

… Nous surprend le moment où tout semble pénible ou pour le moins difficile à supporter, où les choses et les pensées nous pèsent, traînent et nous agacent, nous révoltent, nous exaspèrent et où l’on pense à ce qui déjà peut nous rendre l’instant plus acceptable, abordable.

Peu à peu, on entrevoit des lignes d’horizons et des possibles, on peut apercevoir la douceur de l’obscure voix basse des jours sans remède. On chemine, au hasard, rien ne vient à l’esprit, l’âme nue, la terre nous déserte. Rien ne peut nous abriter, on ne distingue rien, rien ne vient nommer ce qui est en nous, se trame avec nous, avec ou sans excès.

Rien qui ne soit accompli ne suffira à apaiser ce qui lancine au cœur même de cette inquiète douleur sous sa forme silencieuse et violente. Nous harcèle alors, comme un vent du sud — tenace et orgueilleux — l’ idée du dire, de tenter au plus loin de soi ce qui nous agite, nous accompagne brisé, en bribes, en lambeaux.

On pense alors interroger sa parole, longer son âme, suspecter son corps, entendre son chant, ameuter les signes, déceler son cri, capturer le visible comme le caché, à l’abordage de la vie, faire lecture dans ce qui nous habite.

À tout réfléchir, on cherche de l’ombre, un endroit où s’apaiser, prendre de la distance, faire distance, faire chemin, faire parole, se poser, faire chant de ce qui, en nous menace, terrifie, cède, fait voler en éclat, vient à bout de nos espérances, de nos innombrables et indéchiffrables croyances, à bout de nos aimances.

On hésite, on tâtonne, on fouille, on sollicite le corps, les organes, on cherche, on suscite les sens et les envies.

 

Généralement, ou à l’accoutumée, on trouve refuge, on réfléchit pause, on construit ombrage, fraîcheur, autour, alentour, tout près, très proche, au milieu des traces, entre les empreintes, au milieu des corps et des chants. Voir prendre forme et force ce qui est de l’ordre du possible à partager.

On pense lieu, berceau, faire vivants nos inquiétudes et doutes, faire histoire et parole de nos désirs. On espère toucher à ce qui émane de la source de nos tambours et bégaye dans nos âmes. Inventer des détours, des forces, des désordres. On espère habiter aux bords des rives, dans les cales d’un navire, en cercle autour d’un sable vagabond, à l’ombre d’un arbre voyou, blottis à plusieurs, l’un contre et avec l’autre.

 

 

Commence alors la traversée, s’amorce la parole et se fait territoire, scintille l’éclat des silences et commence l’errance. Les paroles, les dires finissent par nous habiter et faire éruption, faire lentement vague, mouvement, frémissements, faire chant, force, faire dés-amarre et désamorce, sans prétention, sans bâtir, juste l’idée de partager, bégayer, juste désir, juste conter une histoire sans histoire, des bribes de vies à venir, à inventer, à saisir, à zébrer ce qui fait routine et faire juste vivant.

Non sans souffrance, se faire relais tout en solitude, se faire tambour, recueillir, moissonner, semer, ramifier toute parole à toute autre à venir. Les dires se conjuguent, se portent, fusent, bousculent, prolongent, abandonnent, fissurent, se croisent et quittent des chemins pour d’autres plus loin…

Tarek Essaker, extrait de À l’ombre de l’arbre voyou, inédit, dédié à la mémoire de Mohamed Hakim Akalay [tous droits réservés].

Ce texte est donné ‘en répons’ à PAR DELÀ ‘LE CHEMIN DE LA TRISTESSE’ de Mohamed Hakim Akalay publié dans les pages du blogue voisin ‘caminante’. Nous avons préféré le présenter ici, de manière autonome, plutôt qu’en commentaire au poème de M.H.A.

Photo : un arbre voyou [?] dans la campagne voisine d’Acquatino. [v.l., 1/08/10]

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