ODE, ÉLÉGIE, ÉPITAPHE… [PIERRE DE RONSARD]

ronsard-dali-150x202Ode, élégie, épitaphe… : la poésie de la Renaissance à l’instar de celle de l’Antiquité, qu’elle admirait tant et voulait imiter, s’attache à rendre hommage à travers la Figure de la femme aimée…, admirée, désirée… et regrettée, à l’humain commerce dans ses espoirs, ses joies, ses peines. On n’y prend Dieu qu’à témoin pour garantir la réalité du sentiment humain. Si Ronsard “ronsardisait”, comme il se plaisait à le dire lui-même, cette veine, que les trouvères et troubadours exploitent déjà au 12e siècle dans l’ “amour courtois”, va connaître son apogée dans la “Doulce France” des Pays de Loire au 16e siècle, pour renaître au 19e portée par la vague romantique, trouver une magnifique flamboiement encore chez Verlaine et de nos jours s’exprimer nostalgiquement, par exemple, sous la plume de Louis Calaferte (i.e. Poèmes ébouillantés, 1983).

De Ronsard donc et de la longue série des poèmes dédiés à Marie (après Cassandre, avant Hélène — toutes maîtresses aux noms mythologiques !), à cette Marie-Vraie, Marie Celle-Ci, en devenir d’abord, dans l’accomplissement de l’amour ensuite, dans l’anéantissement de la mort trop tôt venue finalement, ce poème du “souci amoureux”… et du tendre badinage.

 

Je reçois plus de joie à regarder vos yeux,
Qu’à boire, qu’à manger, qu’à dormir, n’y qu’à faire
Chose qui soit à l’âme, ou au corps nécessaire,
Tant de votre regard je suis ambitieux.
Pour ce ni froid hiver, ni été chaleureux
Ne me peut empêcher, que je n’aille complaire
À ce cruel plaisir, qui me rend tributaire
De vos yeux, qui me sont si doux et rigoureux.
Marie, vous avez de vos lentes œillades
Gâté de mes deux yeux les lumières malades,
Et si ne vous chaut point du mal que m’avez fait.
Ou guérissez mes yeux, ou confessez l’offense :
Si vous la confessez, je serai satisfait,
Me donnant un baiser pour toute récompense.

 

Pierre de Ronsard, Le Second Livre des Amours (15), Chapitre 59, Texte publié par G. Buon, Les Œuvres, 1578.

N.B. : Par souci de lisibilité j’ai adopté une orthographe contemporaine en respectant toutefois la syntaxe, la ponctuation et la métrique originales.

Illustration : Ronsard vu par Salvador Dali.

Publié initialement dans les pages ‘Lectures en partage / Plurielles’ du site sous le clavier, la page, en octobre 2003.

4 réflexions au sujet de “ODE, ÉLÉGIE, ÉPITAPHE… [PIERRE DE RONSARD]”

  1. Luc, tu écris, par ailleurs : J’ai lu l’épitaphe que Ronsard aurait aimé, et qu’il n’a pas je crois au Prieuré de Saint Cosme. Si cela est exact, quel dommage !

    Alors…

    CELUY QUI GIST SOUS CETTE TOMBE ICY
    AIMA PREMIERE UNE BELLE CASSANDRE
    AIMA SECONDE UNE MARIE AUSSY,
    TANT EN AMOUR IL FUT FACILE A PRENDRE.
    DE LA PREMIERE IL EUT LE CŒUR TRANSY,
    DE LA SECONDE IL EUT LE CŒUR EN CENDRE,
    ET SI DES DEUX IL N’EUT ONCQUES MERCY

  2. Luc, tu écrivais ailleurs à ce propos : ‘Je crois que comme de nombreux adolescents (de mon époque…) Ronsard nous questionnait beaucoup et nous donnait envie de grandir plus vite, j’étais très inspiré par ce poète, par l’épicurisme, le romantisme, la rose…’

    Mais, moi aussi, j’en étais aussi de ces adolescents !

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