PASTEL D’APRÈS MA FEMME NUE [PAUL VERLAINE]

François Boucher
L’Odalisque Brune, 1745

Riche ventre qui n’a jamais porté,
Seins opulents qui n’ont pas allaité,
Bras frais et gras, purs de tout soin servile,

Beau cou qui n’a plié que sous le poids
De lents baisers à tous les chers endroits,
Menton où la paresse se profile,

Bouche éclatante et rouge d’où jamais
Rien n’est sorti que propos que j’aimais,
Oiseaux et gais — et quel nid de délices !

Nez retroussé quêtant les seuls parfums
De la santé robuste, yeux plus que bruns
Et moins que noirs, indulgemment complices.

Front peu penseur mais pour cela bien mieux,
Longs cheveux noirs dont le grand flot soyeux
Jusques aux reins lourdement se hasarde,

Croupe superbe éprise de loisir
Sauf aux travaux du suprême plaisir,
Aux gais combats dont c’est l’arrière-garde,

Jambes enfin, vaillantes seulement
Dans le plaisant déduit au bon moment
Serrant mon buste et ballant vers la nue,

Puis, au repos — cuisses, genoux, mollets, —
Fleurant comme ambre et blanches comme lait :
— Tel le pastel d’après ma femme nue.

Paul Verlaine, extrait de Odes en son honneur, 1893.

12 réflexions au sujet de “PASTEL D’APRÈS MA FEMME NUE [PAUL VERLAINE]”

  1. Votre sens de a/hum !-mour ne s’émoustillerait-il pas à la vue de cette divagation dans le ‘style ancien’ ? Quant à ce Boucher – honni de Diderot qui lui, légitimement, préférait Chardin et La Tour -, son genre maison de passe-t-elle, baignant dans l’huile parfumée, il me semble répondre assez précisément au propos de Verlaine.

  2. Je ne vois pas très bien sur quel terrain humoristique ou d’humeur aporétique (encore ces tiques!) vous voudriez m’entraîner.

    Pour cette fois je me range dans la catégorie : “Front peu penseur mais pour cela bien mieux…” mais pour le “cela” pas ce que vous croyez !

  3. Oh la la!, Verlaine, au secours ! Et tant pis, je ne vous réciterai donc pas, ni pieusement, ni copieusement, la ‘Séguedille’ de ‘Parallèlement, du même. Aussi, pour votre punition vous hériterez de cette vieille tapisserie surannée (à vous d’imaginer l’artiste et le carton !) :

    Un très vieux temple antique s’écroulant
    Sur le sommet indécis d’un mont jaune,
    Ainsi qu’un roi déchut pleurant son trône,
    Se mire, pâle, au tain d’un fleuve lent ;

    Grâce endormie et regard somnolent,
    Une naïade âgée, auprès d’un aulne,
    Avec un brin de saule agace un faune
    Qui lui sourit, bucolique et galant.

    Sujet naïf et fade qui m’attristes,
    Dis, quel poète entre tous les artistes,
    Quel ouvrier morose t’opéra,

    Tapisserie usée et surannée,
    Banale comme un décor d’opéra,
    Factice, hélas ! comme ma destinée ?

    ‘Allégorie’ (Parallèlement)

  4. Je découvre là, non pas votre méchanceté qui n’est plus approuvée, mais le vieux père vers laine à tapisser les rombières !

    Mais c’est avec la vieille tapisseries que l’on fait les vieilles assises, et avec les vieux crânes que l’on fait de vieux os.

    Maintenant de faire pouf à faire tapisserie, il n’y a qu’un pas.

  5. Par ailleurs, une autre G. me soumet ceci, dont je la remercie :

    On ne fait pas une ode à Lisque
    Avec des mots lusques
    Disait le ver Laine
    Restant sur son quant-à-soie…

    Que répondre ?

    Tandis que Boucher
    Apprêtais la chair blanche
    Verlaine, lui,
    Chérissait les mots roses

  6. Je découvre depuis peu ce blog, et cela m’amuse beaucoup, de la philosophie à la partie de ping – pong à laquelle on assiste ici, les sujets sont larges, parfois gras et je n’ajoute pas de commentaire de peur de noircir le tableau.

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