PROPOS DE PEINTRE [PIERRE SOULAGES]

soulages

 

[…]

C’est durant ce XXe siècle que des peintres ont abandonné, ont refusé la conception dualiste de la peinture, celle qui sépare le fond de la forme, le sujet et chose peinture, le contenu et le support du contenu. […]

Une remarque, il faut redire ce que d’autres ont dit, on ne le dit jamais assez : la plupart des gens y voit par l’intellect bien plus que par les yeux. Au lieu d’une sensibilité aux formes, aux couleurs, à l’espace, au rythme, ils prennent connaissance de concepts. En définitive ils perçoivent selon un lexique.

Le plus grand nombre ne demande à la peinture qu’un vague agrément, quelquefois un non moins vague plaisir, ignorant la richesse du mal d’y voir, du tourment de ce qu’on ne connaît pas. À l’anxiété ils préfèrent le fourmillement des mots, se régaler de concepts et s’installer dans le confort de systèmes définis. C’est la soumission aux académismes, il y en a beaucoup, et les pires sont ceux auxquels on obéit sans le savoir. Ainsi toute œuvre d’art devient plus ou moins didactique et le regardeur est emmuré dans ce qu’il faut voir et comprendre.

[…]

 

Pierre Soulages, Pierre Soulages, le 14 novembre 1997, en guise de préface à Georges Duby, L’art et la société, Moyen Âge, XXe siècle, Éditions Gallimard, Paris, 2002.

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