RÉFLEXIONS SUR L’ÉTAT [PIERRE CLASTRES]

Cet entretien de Pierre Clastres [1975], ainsi que le Discours sur la servitude volontaire de Étienne de La Boétie (dont on trouvera le texte par ailleurs) , auquel il est fait référence ici quelque part, sont les “pivots” de ce blogue, dont l’objet est d’explorer et discuter, notamment sous l’angle de l’anthropologie politique, les expressions du “NON-POUVOIR” dans l’histoire et l’actualité des sociétés, tout particulièrement les nôtres, dites occidentales. Propédeutique à une analyse de la crise généralisée du politique ?

Le prétexte même, qui nous semble fonder l’intérêt majeur de cet entretien, parmi d’autres, est le “renversement” du paradigme, maintenant classique, développé (imposé ?) par le marxisme : à savoir que c’est l’économique qui détermine le politique, c’est à dire l’État. Pierre Clastres s’en explique longuement. Et la démarche “épistémologique” qui permettrait d’observer et d’analyser nos sociétés-à-État (dites modernes ou occidentales) à partir des sociétés-sans-État, ou, comme il l’exprime également, les sociétés-contre-l’État (dites primitives ou sauvages). Autre “renversement” d’un point de vue classique, notamment dans les sciences sociales et humaines, qui a occulté longtemps une pensée scientifique et politique “libertaire”, donc jugée utopique et non réaliste. En dépit de la mort prématuré de Pierre Clastres, trente-cinq ans plus tard, son actualité semble réémerger. Un mur, un autre pan de mur, serait-il en train de chuter ?

L’épigraphe pourrait en être la réflexion de Elias Canetti, (“Le Territoire de l’homme”, p. 46, que nous reprenons par ailleurs en introduction au présent blogue) : L’humanisme nous a rendu la vie trop facile. Nous ne connaissions pratiquement rien encore. Tout son effort ne visait, en fait, qu’une seule tradition. Mais même si, de cet élan, ne devait rester que le nom, il n’en serait pas moins sacré ; et la science qui le prolonge avec davantage d’ampleur et d’érudition, et qui en est l’héritière véritable, porte une dénomination analogue, quoique remplie d’infiniment moins de confiante assurance : l’anthropologie. 

Il convient de resituer le présent texte dans le contexte intellectuel, historique et politique français des années post-soixante-huit ; aussi les références des textes cités, sur lesquelles l’impasse est faite ici, devront être, et seront, à un moment ou un autre, explicitées et discutées.

Nous donnons ici, dans une version corrigée et adaptée, l’entretien en six parties paru dans la revue L’Anti-Mythes, n° 9, année 1975. 

N.B. : Pour la clarté de la lecture, nous avons mis en évidence les questions posées à Pierre Clastres par des caractères italiques gras, et subdivisés, de manière aussi logique que possible, les paragraphes très longs et denses dans la version originale.

PIERRE CLASTRES | RÉFLEXIONS SUR L'ÉTAT

1 réflexion au sujet de « RÉFLEXIONS SUR L’ÉTAT [PIERRE CLASTRES] »

  1. En réalité, il est question ici de l’État plus que du pouvoir… Et il y a loin du Léviathan de Hobbes à la conception de Spinoza par exemple. Il va de soi que si l’on veut, comme y invitait Foucault, être juste un peu gouverné, il y a lieu de tourner le dos à tout système religieux ou idéologique, lesquels refont le lit d’un totalitarisme. Je cite Spinoza :  » Des fondements de l’Etat tels que nous les avons expliqués ci-dessus, il résulte avec la dernière évidence que sa fin dernière n’est pas la domination ; ce n’est pas pour tenir l’homme par la crainte et faire qu’il appartienne à un autre que l’Etat est institué ; au contraire c’est pour libérer l’individu de la crainte, pour qu’il vive autant que possible en sécurité, c’est-à-dire conserve, aussi bien qu’il se pourra, sans dommage pour autrui, son droit naturel d’exister et d’agir. Non, je le répète, la fin de l’Etat n’est pas de faire passer les hommes de la condition d’êtres raisonnables à celles de bêtes brutes ou d’automates, mais au contraire, il est institué pour que leur âme et leur corps s’acquittent en sûreté de toutes leurs fonctions, pour qu’eux-mêmes usent d’une Raison libre, pour qu’ils ne luttent point de haine, de colère ou de ruse, pour qu’ils se supportent sans malveillance les uns les autres. La fin de l’Etat est donc en réalité la liberté. »

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